Avec Tommy Lee Jones (Pete Perkins), Barry Pepper (Mike Norton), Julio César Cedillo (Melquiades Estrada), Dwight Yoakam (Belmont), January Jones (Lou Ann Norton), Melissa Leo (Rachel)

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Le corps du Mexicain Melquiades Estrada est retrouvé en plein désert. Pete, son meilleur ami, met la main sur l'assassin puis l'oblige à déterrer le corps et à l'accompagner dans un long et périlleux voyage. Le plan de Pete est de ramener la dépouille de son ami au Mexique, sa terre natale, comme il lui en avait fait la promesse.

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Tommy Lee Jones : "Il s'agit de ma patrie, de mes compatriotes.  C'est pour ça que j'avais à coeur de faire un film sur cette région."

Parler de l’espace dont on est issu, où l’on a vécu, a offert au septième art une multitude de très grands films et de chefs-d’œuvre.  C’est clair, on ne parle jamais aussi bien que de ce que l’on connaît.  La démarche de Tommy Lee Jones, dans cette volonté d’authenticité, va donc se concentrer dans un premier temps à l’Ouest du Texas, près de la frontière mexicaine.  Il y est né, il y a vécu en y possédant un ranch.  A noter que le réalisateur conçoit sa région comme première patrie et non pas les Etats-Unis.  Cette notion, très importante, va prendre tout son sens dans le scénario car le personnage interprété par Tommy Lee Jones ira jusqu’à nier sa patrie « Etats-Unis » en proposant à une femme de refaire sa vie au Mexique.  Il y a comme une renonciation évidente d’appartenance à une nation dans laquelle le cinéaste ne se reconnaît plus.  « Trois enterrements » raconte aussi cette mise au tombeau de sa patrie « Amérique » dans laquelle le cinéaste ne retrouve plus l’humanité qui lui tient à cœur.  C’est l’Amérique de Bush, repliée égoïstement sur elle-même, qui est dénoncée.  Tommy Lee Jones va lui offrir des funérailles à la hauteur du mépris qu’il lui porte.18452676

Pour apporter de l’eau à son moulin, Tommy Lee Jones va s’adjoindre les services de Guillermo Arriaga à l’écriture du scénario.  Il est mexicain et observe les choses de son point de vue, très subjectif, d’étranger à la nation américaine.  L’analyse de la situation va se projeter dans une vision partiale des événements qui se jouent sur cette frontière entre Amérique et Mexique.  A cet égard, il n’est pas étonnant que le Festival de Cannes se soit intéressé à ce film, lui qui n’utilise que l’œil gauche pour observer le monde.  De ce scénario travaillé de manière exclusivement sectaire, va naître bien sûr un manichéisme grossier, montrant des méchants américains sans humanité s’opposer aux gentils mexicains.  La façon même de représenter l’espace américain comme un enfer et l’espace mexicain comme un paradis anéantit tout espoir de crédibilité du point de vue. 

Tommy Lee Jones : « Je pense que Guillermo Arriaga a inventé là, la forme la plus moderne de scénario, celle qui correspond au 21e siècle. Et pour le film, ça me convenait très bien ».

Arriaga, on le connaît bien pour sa collaboration étroite avec Alejandro González Inárritu.  Dans « 21 grammes » ou « Amours chiennes », le scénariste avait montré sa prédilection pour la narration déstructurée et alambiquée.  L’écriture formelle de « Trois enterrements » renoue avec ce penchant pour l’éclatement de la continuité temporelle où les différentes séquences passent sans cesse du passé au présent et vice-versa.  Une manière de tromper la linéarité narrative et de nourrir, goutte à goutte, le suspense en jouant sur la notion de perspective.  « Trois enterrements », c’est avant tout la mise en éclairage d’un même événement, proposé sous trois angles différents, structuré en deux parties distinctes, l’une se déroulant au nord de la frontière, l’autre au sud.  Pas facile pour le réalisateur novice qu’est Tommy Lee Jones de se sortir, par la mise en scène, de ce croquis en désordre.  A vrai dire, il ne va réussir ce challenge qu’à moitié, beaucoup moins inspiré qu’Inárritu dans sa digestion du contenu chaotique.  Toute la première partie du film se déroulant sur le sol américain va s’avérer très brouillonne dans sa mise en image, comme si le metteur en scène avait suivi à la lettre le scénario sans y mettre son grain de sel de réalisateur.  Il est clair que Tommy Lee Jones, derrière sa caméra, n’a pas été tout à fait à la hauteur de son scénariste.  Il est clair également que le scénariste n’a tout à fait été à la hauteur de ce qu’il avait présenté chez Inárritu, notamment dans sa vision manichéenne des événements et des personnages grossièrement esquissés.   Lou Ann/January Jones, épouse du garde-frontière, qui bascule en un tour de main dans la prostitution, sans aucune forme d’explication, c’est vraiment du n’importe quoi.  Son mari, Barry Pepper/Mike Norton, brute épaisse, frustré sexuel et meurtrier,  c’est peut être un petit peu trop pour un seul homme.  On en vient vraiment à se demander si ces deux-là ne se sont pas rencontrés dans un aquarium où il n’y avait que deux poissons rouges.  Quand Pete Perkins/Tommy Lee Jones tombe sur une petite bande de mexicains et leur demande s’il peut leur acheter de la nourriture, on lui répond que non, qu’il peut faire comme chez lui et se servir à l’œil.  Ce qui est à moi est à toi, Hombre ! Mwouais…184303201

Tommy Lee Jones sur la notion de western contemporain : "Je trouve que le western est devenu une notion péjorative. Mon film y ressemble peut-être par la présence de chevaux et de grands chapeaux, mais je ne l'ai pas pensé en ces termes. C'est avant tout un film sur une culture et un pays frontalier."

Des chevaux et des grands chapeaux, certes, mais le scénario reprend à son compte les thèmes récurrents qui ont émaillé le western : l’amitié virile, la solitude, les grands espaces, le combat pour la liberté, constituent même les fondements de ce scénario.  Dans ses dires, Tommy Lee Jones aura éviter de réduire son scénario au genre western, espérant inscrire sa démarche dans l’actualité de son époque.  Et pourtant « Trois enterrements » peut se lire à travers une lecture élargie du genre « Western », toujours en évolution, auquel il aura apporté toute sa modernité. 

Malgré les lourdeurs dans le scénario et dans la mise en scène, « Trois enterrements » recèle une qualité remarquable, celle de la générosité.  Maladroit à bien des égards, sans aucun doute, mais réalisé avec un cœur gros comme ça, prenant en compte la notion de l’autre, lui offrant charité désintéressée.  Dans cette même optique du sens du prochain, le film m’a fait beaucoup penser à « L’autre » de Bernard Giraudeau où un homme allait tout tenter pour en sauver un autre enfoui dans la terre à la suite d’une catastrophe.  Tellement authentique dans sa démarche, qu’on est prêt à tout lui pardonner.