Avec : Charlotte Gainsbourg, Anouk Grinberg, Michel Blanc, Jean Carmet, Annie Girardot, Jean-Louis Trintignant, Catherine Jacob, Gérard Depardieu, Thierry Frémont, ...

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Deux jeunes filles se rencontrent sur une route. L'une pousse un caddie surmonté d'un goëland, l'autre, en robe de mariée, vient d'être battue puis abandonnée par un homme. Désormais amies, elles vont vivre des aventures rocambolesques.

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Au départ, existe la volonté pour Blier de travailler « Les valseuses » au féminin, Anouk Grinberg et Charlotte Gainsbourg se substituant au couple Gérard Depardieu/Patrick Dewaere.   Mêmes personnages déphasés, vivant dans une sorte de No man’s land à la Blier, en rupture avec le fonctionnement d’une société traditionnelle dont le réalisateur dénonce l’immobilisme, la froideur, le manque de solidarité.  Les personnages déambulent dans un paysage vide de vies humaines que Blier va petit à petit remplir de ses fantasmes affectifs, comme dans tous ses films.  On se rappelle par exemple les tours vides et le métro sans vie de « Buffet froid », sommet artistique du metteur en scène.  Ensuite, Blier établit en permanence un choc frontal entre ses personnages fictifs et le monde réel tel qu’il le perçoit amèrement.  Il va articuler ses personnages, comme des marionnettes révoltées, en quête de chaleur et d’amour sublimés.  Chez Blier, le monde réel se transforme petit à petit, par une démarche d’exaltation contrôlée, vers un espace artistique surréaliste.  Il va peindre toute sa noirceur intérieure sur le tableau de l’art de la distanciation et de la suggestion tragi-comique.  Chez Blier, tout est vrai, rien n’est vrai, toujours à l’extrême, comme sa façon de nourrir copieusement le cadre de vies humaines.  On se rappelle du père Blier entourés d’une trentaine de flics dans « Buffet froid », de la multitude de personnages dans la villa de Galabru pour « Notre histoire » ou encore cette même abondance de vies humaines entourant le couple Bellucci/Campan dans « Combien tu m’aimes ? ».   Dans « Merci la vie », idem, dans ce qui apparaît comme une véritable signature artistique de l’auteur, sorte de rééquilibrage affectif en réponse à la froideur ambiante dénoncée. « Tu l’as sens, l’émotion qui passe ? » Oui Bertrand…p9350

Dans « Merci la vie », cette quête d’amour sublimée va se heurter violemment à ce que Blier considère comme une injustice.  Nous en sommes en 1990, en pleine effervescence du sida.  Les gens meurent jeunes.  L’amour est devenu un véritable danger.  S’aimer, c’est potentiellement mourir.  « Merci la vie », à la fois un cri d’amour pour la vie et un cri de douleur contre la mort injuste contre-nature.  Blier va mettre l’époque en perspective, se rappelant de la période de guerre où les gens mouraient également artificiellement.  Blier met subtilement en évidence la confusion qui règne, notamment par la bouche de Michel Blanc : « Il faudrait qu’on se mette d’accord sur l’époque : soit il y le sida, et il n’y a pas d’allemands ; soit il y a des allemands, et il n’y a pas le sida.  Et alors on baise. ».  Car en définitive, on ne peut jamais baiser tranquillement, quelles que soient les époques.  Dans « Merci la vie » Blier se révolte moins contre la société que contre le non-sens qui l’anime, illustré par exemple avec la chanson de Brel, brillamment interprétée par Arno : « Toi, si t’étais le bon Dieu, tu ne serais pas économe de ciel bleu ».

« Merci la vie » correspond à la réponse d’un artiste au désordre qu’il ressent.  Et ce sentiment embrouillé, Blier va le projeter dans son écriture elliptique très violente, en rupture permanente avec le sens commun et la logique grammaticale.  Puisque le monde est illogique, la narration en empruntera le même cheminement incohérent.  Et tout ça bien sûr, dans une maîtrise parfaite d’écriture et de mise en scène.  « Merci la vie » ou quand l’incohérence file le parfait amour avec la cohérence.

A tous les niveaux, « Merci la vie » frôle avec le génie artistique.  Merci Blier, merci la vie !