Avec : Jean-Louis Trintignant, Klaus Kinski, Frank Wolff, Luigi Pistilli, Vonetta McGee, Mario Brega, Carlo D'Angelo, Marisa Merlini, Maria Mizar, Marisa Sally, ...

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Snow Hill, un petit village de l’Utah perdu dans la neige, où les chasseurs de primes font régner la terreur en tuant des hors-la-loi alors que le gouverneur s’apprête à amnistier ces derniers. Cette amnistie prochaine provoque une montée de la violence de la part des chasseurs de primes qui font un véritable massacre. Les villageois se réfugient dans les collines enneigées pour échapper aux chasseurs menés par Tigrero, le plus impitoyable d’entre eux. Mais la faim commence à se faire sentir. C’est à ce moment là qu’un mystérieux cavalier fait son apparition. Apparemment muet, on le connaît sous le surnom de ‘Silence’. Les villageois lui demandent d’éliminer Tigrero. Il arrive donc à Snow Hill où il semble avoir des comptes à régler. N’éliminant ses adversaires qu’en état de légitime défense, il tente de provoquer Tigrero mais en vain. Un shérif dépêché par le gouverneur, arrive bientôt pour tenter de rétablir un semblant de loi à Snow Hill. Mais n’est-il pas déjà trop tard ?

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Ce qui apparaît rapidement dans ce « grand silence », c’est une envie de se démarquer.  Le premier plan offrant la vue d’un paysage enneigé propose une visualisation assez inédite de l’ouest.  Le choix même de Trintignant dans l’interprétation du rôle principal participe de cette envie  d’innover et de surprendre.  Le pistolet automatique Mauser que « Silence » s’empresse chaque fois de bien refermer dans sa housse n’est pas non plus ce qu’il y a de plus prisé dans le « western » cinématographique, autant Hollywoodien qu’italien.  Des tas de petites touches assez originales qui réussissent à former un tout assez particulier, par ailleurs construit sur des fondements très classiques.  Par exemple, dans les caractéristiques des personnages où l’on retrouve les immuables héros solitaires, incorruptibles shérifs, splendides veuves, bandits sans foi ni loi et meilleurs tireurs de l’Ouest.  On se retrouve donc bien dans la notion même du genre « Western spaghetti » voulant à la fois démarquer et s’apparenter au classique Hollywoodien.  Comme le fera un peu plus tard Francis Ford Coppola pour « Le Parrain » dans le genre « film de gangster », Sergio Corbucci va ajouter du réalisme et de la noirceur au tableau habituel.  Difficile pour les cinéastes italiens de se détacher de leur propre histoire cinématographique néo-réaliste.  Mais c’est justement de cet emprunt aux deux cultures européennes et américaines mélangées, que va naître ce nouveau monde cinématographique assez fabuleux que l’on retrouvera par exemple chez Leone dont Corbucci a été l’assistant, chez Coppola, Scorsese ou Tarantino.  Pour Leone et Tarantino, on pourra même parler d’une troisième source classique empruntée au cinéma asiatique.  488611

En tout cas, ce qui va caractériser au plus haut point ce « Grand silence », c’est ce basculement du genre dans noirceur totale, encore plus loin que ce que ne l’avait proposé Leone.  Une atmosphère Dostoïevskienne, un monde démoniaque qui tranche avec la blancheur paisible du décor, Corbucci poussant le nihilisme à l’extrême.  « Le grand silence » suggère un monde où le chaos règne en maître absolu, où la loi du plus fort écrase toute logique, même celle du héros.  On se retrouve donc bien dans une perspective d’antithèse du western américain et d’anti-héroïsme.  D’ailleurs la fin, considérée beaucoup trop pessimiste lors de sa sortie, s’est vue remanier pour sa sortie aux Etats-Unis.   Un monde désenchanté à l’extrême qui va devenir culte pour un certains public en quête d’alternative et d’originalité cinématographique.  Malgré quelques faiblesses parfois d’un point de vue de mise en scène ou de dialogue, la puissance d’originalité l’emporte malgré tout.  On notera le jeu de Trintignant sur les traces de Robert Mitchum et de son illustre underplaying (je ne fais rien mais l’on ne voit que moi) et celui, plus étonnant de Klaus Kinski, d’une sobriété tout à fait inédite chez lui, mais toujours aussi inquiétant.  Et puis Ennio Morricone, qui réussit une très belle partition musicale en osmose avec le désenchantement proposé.