28 avril 2007
A LA POURSUITE DU DIAMANT VERT de Robert Zemeckis (1984)
Avec Michael Douglas (Jack Colton), Kathleen Turner (Joan Wilder), Danny DeVito (Ralph), Zack Norman (Ira), Alfonso Arau (Juan), Manuel Ojeda (Zolo), Holland Taylor (Gloria), Mary Ellen Trainor (Elaine)
La romancière Joan Wilder raconte dans ses livres des aventures qu'elle n'a jamais vécues. La voilà cette fois lancée à la recherche de sa soeur enlevée en Colombie et qui ne pourra être libérée que contre une carte au trésor que possède Joan. Elle n'est pas de taille, mais surgit un sympathique aventurier, Jack Colton qui va l'aider.
On refait le film
Dans les années 70, le cinéma d’aventure avait pris un petit coup dans l’aile, mais avec « Indiana Jones » de Spielberg au début des années 80, le genre revient rapidement à la mode. C’est dans ce contexte que le film a vu le jour, grâce à Michael Douglas qui rêvait de produire un divertissement populaire. Robert Zemeckis, ne se cache pas de vouloir surfer sur le succès d’Indiana Jones, glissant même un petit clin d’œil à son ami Spielberg. En effet, Le ba
teau avec lequel Kathleen Turner se rend sur l'Ile s'appelle "ORCA", qui est également le nom du bateau de Roy Scheider dans "Les dents de la mer".
Même s’il existe cette opportunité de surfer sur une vague nouvellement à la mode, Zemeckis va réaliser un produit tout à fait original et plein de fraîcheur. Un régal de voir cette romancière plonger involontairement dans les livres qu’elle écrit. Une recette qui avait déjà été utilisé en France avec le même bonheur dans « Le magnifique » de Philippe de Broca. Sans doute que l’immense simplicité et fraîcheur de Kathleen Turner joue un grand rôle dans la réussite du projet. Elle est archi crédible dans le personnage de la citadine se retrouvant apeurée en talons aiguilles en pleine jungle hostile. Le couple avec Douglas, lui aussi très crédible, fonctionne à merveille, aidé par une mise en scène fluide, très rythmée, sans lourdeur ou effets spéciaux superflus. De même, le scénario multipliant les rebondissements à l’infini vient surprendre le spectateur en permanence, dans une écriture qui alterne intelligemment action, suspense, mélodrame, humour, cascade, etc. Un divertissement épique, souriant, s’inscrivant dans la très grande tradition du cinéma d’action haut de gamme. Le public de l’époque a suivi en masse, avec au bout du compte, un bouche à oreille d’enfer et un succès colossal.
20 avril 2007
Un singe en hiver de Henri Verneuil (1962)
Acteur : Jean Gabin (Albert Quentin), Jean-Paul Belmondo (Gabriel Fouquet), Suzanne Flon (Suzanne), Paul Frankeur (Esnault), Noël Roquevert (Landru), Gabrielle Dorziat (Victoria), Marcelle Arnold (l'infirmière), Hella Petri (Georgina), André Dalibert (Maurice), Hélène Dieudonné (Joséphine), Anne-Marie Coffinet (Simone), Sylviane Margollé (Marie)
Synopsis 
Juin 1944. Albert Quentin et sa femme, Suzanne, tiennent un hôtel dans une petite station balnéaire normande. Lasse d'écouter les récits des aventures coloniales de son mari, cette dernière affiche une mine austère qui n'incite guère à la rêverie exotique. C'est la raison pour laquelle Albert ne rate pas une occasion d'aller boire un coup au bar de Georgina en compagnie de son vieil ami Esnault. Mais quand vient le jour du débarquement allié, Albert, réfugié dans sa cave, fait le serment à sa femme de ne plus jamais boire une goutte d'alcool s'ils s'en sortent... Quelques années plus tard, il tient toujours sa promesse mais il est devenu morose. Jusqu'au jour où Gabriel Fouquet, un jeune homme porté sur la bouteille, s'installe à l'hôtel....
On refait le film
Quentin et Fouquet en choeur : Tatatalalala ! Tatatalatatsoin !
Quentin : A la gloire des fusiliers marins d'Extrême-Orient !
Fouquet : A Manolete ! Tué à Linarès par le taureau Isleiro !
Quentin : Et çui-là, je le bois à mon pote Gédéon, tombé dans le traquenard de Lanson !
Fouquet : A Roselito, le plus grand de tous !
Serveuse : On a le temps, messieurs ! Si ça continue, vous allez vous saouler...
Quentin : Quand on est en perm', c'est pour ça ! (A Fouquet) Qu'est-ce que tu cherches ?
Fouquet : Claire, elle devait me prendre à la sortie des arènes...
Quentin : Mais c'est d'ta faute ! Si tu buvais plus vite, elle serait déjà là ! Les choses entraînent les choses... Le bidule crée le bidule... Y a pas de hasard ! Allez ! On rentre à la caserne.
Fouquet : Ben, permets-moi au moins de t'inviter...
Quentin : T'occupe, la Bleusaille ! J'ai touché mon arriéré de solde... Alors, hein !
Fouquet : Y t'ont payé avec un billet de train...
Quentin (déchirant un billet) : Tiens ! J'te donne l'aller, j'garde le retour... Allez, fais-en autant !
Fouquet : J'peux pas...
Quentin : T'as pas confiance ?
Fouquet : J'ai pas de billet...
Quentin : Ben, alors là, t'as tort ! Faut toujours avoir un billet... Au cas ! Tu comprends ? Au cas...
On appelle ça du Audiard, soit ce qui c’est fait de mieux avec Bertrand Blier en matière de dialogue dans le cinéma français. Des phrases d’anthologie, du pain béni pour les comédiens. Et dans ce « Singe en hiver », la phrase d’anthologie coule à flot, sans discontinuité, sans répit, dans l’ivresse du bon mot.
Pour offrir de l’image au mot, Henri Verneuil, cinéaste populaire mais de haute qualité, travaillant à l’américaine dans sa façon de filmer pour l’époque, avec une mise en scène toujours très vivante et rythmée. Verneuil, c’est aussi un cinéma de divertissement avec des scénarii en béton, des dialogues ciselés, une distribution d’enfer. Du travail de pro quoi, avec un penchant pour les histoires viriles au grand cœur.
En matière de virilité et de travail de pro, Audiard n’est pas en reste et sa collaboration avec le cinéaste va s’avérer explosive dans ce « Singe en hiver », avec tous les ingrédients habituels connus de l’un et de l’autre, élevés au plus haut niveau, pour un résultat chef-d’œuvre.
Avec de tels monstres d’efficacité à la manœuvre, reste plus qu’à trouver les comédiens. Et là aussi, la magie va s’opérer avec cette rencontre entre le vieux Gabin et le jeune Belmondo. Faut dire aussi que les rôles et les dialogues sont taillés à leur mesure, mais n’empêche, c’est jamais gagné d’avance. Et ça fonctionne immédiatement, dans une rencontre explosive où chacun fait son numéro, mais à l’écoute de l’autre, dans un grand respect mutuel et surtout de la bonne humeur communicatrice. Gabin parlais le Audiard comme si c’était sa langue maternelle, ça on le savait, mais l’étonnement provient de Belmondo qui parvient à déclamer le Audiard avec délice. Boum ! Un duo d’anthologie est né, avec en plus les faire-valoir que sont Flon, Frankeur et Roquevert, seconds rôles haut de gamme, qui viennent eux aussi nourrir le chef-d’œuvre de tout leur talent.
« Un singe en hiver », comme un brin de nostalgie qui se décline avec l’ivresse des mots et dans l’ivresse tout court. Une envie d’ailleurs en permanence, un voyage à la fois triste et gai pour un lyrisme à la française, virile et tendre. Un grand classique du septième art, immanquable !
"Nuit de chine, nuit câline, nuit d'amour..."
04 avril 2007
MANHATTAN de Woody Allen (1979)
Synopsis
Alors qu'il peine à écrire le début de son premier livre parmi les gratte-ciels de Manhattan, Isaac Davis (Woody Allen), auteur de sketches comiques pour la télé, est victime de l'angoisse de la page blanche. Deux fois divorcé, il vit avec Tracy (Mariel Hemingway), une adolescente de dix-sept ans, dont il s'efforce maladroitement d'être le Pygmalion. A la suite d'un acte d'idéalisme inutile, il perd son emploi, déménage et vit une liaison intense - bien que passagère -, avec l'ex-maîtresse de son meilleur ami, Mary (Diane Keaton), une new-yorkaise bon teint. Au terme de cette passion sans issue, il s'avère impuissant à retenir Tracy, qui part s'installer à Londres pour une période de 6 mois…
On r’fait le film
Le récit s’écrit à la première personne, sous la plume d’un écrivain fictif, Isaac Davis, derrière lequel ne se cache pas Woody Allen. « Manhattan » ou l’autobiographie sur pellicule du cinéaste, racontant ses obsessions, ses angoisses, ses amours dans un procédé narratif mélangeant subtilement réalité et fiction, dans une démarche autant intellectuelle qu’affective.
Dans l’Histoire du septième art, Allen c’est peut-être l’artiste qui a travaillé au plus proche de lui-même, chacun de ses films représentant un reflet quasi exact de ses pensées et de sa situation dans la vie. Plus que quiconque, Allen offre à chaque fois une authentique psychanalyse sur pellicule. Ainsi de film en film, certains aspects de l’artiste se répètent et d’autres changent.
Dans « Prends l’oseille et tire-toi », on avait déjà eu droit à un tableau très représentatif de l’auteur. Son fantasme pour son pouvoir sexuel, déjà très présent dans son premier film, revient ici en grande force : « Caché par ses lunettes noires, il avait la puissance sexuelle d’un lynx ». Sa relation difficile avec l’autre sexe, thème récurrent chez le cinéaste, se révèle encore davantage comme miroir de la réalité dans « Manhattan », Mariel Hemingway et Meryl Streep, ne jouant en fait que les doublures fictives de personnages bien réels. En effet, Allen avait eu une liaison avec une adolescente et son ex-femme écrivait des horreurs sur lui. Comme quoi, l’artiste se connaît bien, surtout au regard d’événements qui se produiront bien plus tard, notamment dans sa rupture avec Mia Farrow et sa liaison avec sa fille adoptive. « Manhattan », théâtre fictif et réel, sublime vision prémonitoire malgré elle. 
Egalement, dans cette démarche d’authenticité, Allen signe ici un véritable hommage pour sa ville : « Il adorait New York, il l’idolâtrait au-delà de toute mesure ». Un regard nostalgique sur le New-York des années 40 et 50, qu’Allen avait sublimée étant jeune et qu’il tente de remettre au goût de son enfance, dans le style du noir et blanc qui était populaire à l’époque, jouée sur une partition jazzique de George Gershwin. Un regard autant amoureux que déprimé, relayé par l’auteur Isaac Davis écrivant un livre sur la décadence des valeurs, sur cette nouvelle génération TV se fourvoyant dans la drogue. Mais derrière ce constat nostalgique, se profile également une autre observation tout autant emprunte d’authenticité, sur la peur du cinéaste de vieillir, également thème récurent chez lui.
« Manhattan » démontre à l’époque que Woody Allen s’inscrit comme artiste majeur du septième art, véritable héritier d’une grande famille cinématographique qu’il s’est choisi et dont il revendique les noms dans ce film. Bien sûr Groucho Marx et son univers burlesque, Bergman et son sens existentiel et Fellini pour sa capacité d’authenticité biographique. Allen, sans aucun doute sublimissime mixte de ces trois Géants du septième art.
27 mars 2007
PROPRIETE INTERDITE (1966) de Sydney Pollack
Avec Robert Redford (Owen Legate), Natalie Wood (Alva Starr), Charles Bronson (JJ Nichols), Alan Baxter (Knopke), Kate Reid (Hazel Starr), Mary Bradham (Willie Starr), Robert Blake (Sidney), John Harding (Jhonson)
Les Années 30. Owen Legate (Robert Redford) arrive dans une petite ville du Sud. Son objectif : procéder au licenciement d'une partie du personnel d'un chemin de fer. Mais il découvre l'amour auprès d'une jeune fille séduisante et mystérieuse...
On r'fait le film
Derrière ce film, il y a deux génies : Tennessee Williams et Francis Coppola qui écrit l'adaptation cinématographique. Le mélange est explosif et nourrit abondamment cette première mise en scène de Sidney Pollack. Avec le recul, on peut tout de même se demander de ce qu'il en aurait été du résultat final si Coppola avait lui-même réalisé le film. Non pas que la mise en scène de Pollack soit mauvaise, mais elle se situe dans un classicisme de l'époque qui manque un peu d'audace et qui vieillit avec le temps. Cette merveilleuse histoire d'amour sur fond de grande crise écrite par Tennessee Willliams, réussit à elle seule à captiver. L'écriture des personnages est sublime, comme toujours chez cet auteur de génie. Qui mieux que lui a écrit des personnages féminins aussi intenses ? Même si on atteint pas la puissance d'une Blanche Dubois dans « Un tramway nommé désir », le personnage interprété par Nathalie Wood se profile dans une même veine... en quête de désir impossible. Le couple Wood/Redford n'atteint pas l'intensité de Leigh/Brando mais réussit tout de même une très belle performance. Pour la petite histoire, Nathalie Wood ayant tellement de difficultés à interpréter le personnage, se saoula pour arriver à être crédible et fit même une tentative de suicide ! Il faut du très haut de gamme pour interpréter les femmes de Williams ! J'espère de « Propriété interdite » une autre adaptation cinématographique, avec une Nicole Kidman ou une Kate Winslet, pourquoi pas. En attendant ce bonheur suprême, le film de Pollack réussira quand même à me faire patienter sans trop d'impatience...
17 mars 2007
UN APRES-MIDI DE CHIEN de Sidney Lumet (1975)
Avec Al Pacino, John Cazale, Charles Durning, James Broderick, Beulah Garrick, Chris Sarandon, Sully Boyar, Sandra Kazan, Penelope Allen, Marcia Jean Kurtz, ...
Synopsis
Ce braquage aurait dû se faire en 10 minutes. 4 heures plus tard, la banque était devenu un véritable cirque. 8 heures plus tard, c'était l'événement le plus regardé à la télévision. 12 heures plus tard, tout cela faisait partie de l'Histoire... L'histoire vraie d'un homme qui tente un hold-up pour payer une opération à sa petite amie et se retrouve à la tête de la prise d'otage médiatisée à outrance...
On r’fait le film
Le film démarre par un panneau noir et un message : « Ce que vous allez voir est vrai. Ca c’est passé à Brooklyn le 22 août 1972 ». Bienvenue dans le ciné-réalité. Le générique qui s’en suit nous offre une petite carte postale de la région qui semble vouloir coller au plus près du quotidien de la population rurale. On aperçoit un chien faire les poubelles, des trottoirs et la vie tout autour, une piscine sur un toit, des ouvriers, une plage, un marché, etc. Bref tout un microcosme en marche un beau jour d’été. Un générique qui vient appuyer le message du début pour emmener le spectateur dans l’idée du fait réel…. Ca c’est passé pendant que vous viviez ! Dès le moment où l’on aperçoit Al Pacino, John Cazale dans une voiture, s’établit un transfert partant d’une vision de la réalité à celle d’une fiction, tout en gardant bien à l’esprit le caractère d’authenticité ce que l’on est en train de voir.
Un premier gros plan sur la tête inquiète de Pacino semble vouloir indiquer que quelque chose de malsain est en
préparation. Cazale qui braque un banquier nous confirme ce sentiment. Mais lorsque le troisième complice, Stevie (Gary Springer) s’approche de Pacino et lui demande de viser moins gros, on se retrouve plonger dans l’univers du petit truand paumé, désorganisé, du looser en puissance que l’on avait pu voir dans le « Mean streets » de Scorsese par exemple. Il faut à peine quelques minutes pour que toute l’opération vole en éclat. Stevie laisse rapidement ses deux comparses en plan pendant que le pauvre Sonny (Pacino) ne sait plus où donner de la tête. Il commence à appeler tout le monde par son prénom, et tout cela à visage découvert bien sûr ! On se retrouve plonger dans le grotesque, le ridicule, presque marrant lorsque Sonny insiste pour que Stevie lui remette les clés de voiture avant de s’en aller. Ce qui devait se dérouler en quelques secondes traîne en longueur, pendant que Sonny lui, de plus en plus désemparé, marche à visage découvert… (« Je suis catholique, je ne veux de mal à personne »). Voilà de quoi rassurer son entourage qui comprend rapidement à qui ils ont à faire. La gérante par exemple, qui demande à Sonny de surveiller son langage devant les employés, illustre bien l’état de confiance qui renaît rapidement au sein du groupe de banquiers. Oui, Sonny ne fait plus peur à personne. Il vit sa journée noire ou plutôt son après-midi de chien !
Rien ne va plus ! Les flics l’ont piégé et se retrouvent, armés jusqu’au dent, autour de la banque (Sonny : « Ce salaud de Jack m’a filé un tuyau crevé »). La population curieuse se met à envahir le quartier pour assister aux premières loges du fait divers. On se retrouve avec cette population que l’on avait quittée après le générique et l’idée du document réel - « Ca c’est passé à Brooklyn le 22 août 1972 » - refait surface. Maintenant, le réel rejoint la fiction… L’action va dorénavant se dérouler avec d’un côté les événements de la banque, de l’autre vision des flics qui se trouve de l’autre côté de la rue. Et au milieu, cette rue où vont s’affronter les personnages devant la population « réelle » de curieux. « Cette rue » va jouer un rôle prépondérant dans la structure du récit. Non seulement elle rappelle sans cesse le côté « document authentique », mais elle va être le théâtre de l’interaction avec tous les personnages. Elle va rapidement jouer le rôle de symbole d’une certaine Amérique qui perd. La rue, l’endroit des petites gens qui ne parviennent pas à joindre les deux bouts ou encore cette Amérique où il est difficile de vivre sa différence, homosexuelle par exemple : une des raisons du braquage dans la tête de Sonny, c’est le financement de l’opération de changement de sexe de son petit ami. Petit à petit, le film se met dans la peau d’un cinéma social et engagé comme on avait déjà pu le voir dans « Macadam Cowboy » de John Schlesinger en 1969 ou encore dans « L’épouventail » de Jerry Schatberg en 1973 avec le même Pacino. Social et engagé, oui, mais qui n’oublie pas l’humanité, l’action, le rythme et même la légèreté. C’est sans doute grâce à ces nombreuses qualités que le film connaît encore un grand succès aujourd’hui.
Ne pas oublier non plus l’apport des comédiens, qui assurent un maximum. Pacino dans une de ses meilleures prestations. Il n’est jamais aussi bon que lorsqu’il est soumis à un état de faiblesse (« Donnie Brasco »). Son pétage de plomb dans la rue lorsqu’il hurle « Attica ! » restera dans l’Histoire du septième art, c’est sûr. Avec l’excellent Cazale à ses côtés, on se souvient avec bonheur de leur confrontation magique dans « Le Parrain ». Cazale ne dit presque rien, on le voit finalement peu, mais chacune de ses interventions fait mouche, le comédien s’investissant de manière profonde dans ce qu’il entreprend. Ici, il interprète son personnage de Sal, au bord de la folie, prêt à déraper à tout moment. Il est déconcertant lorsque Pacino lui demande dans quel pays il voudrait aller et qu’il répond « le Wyoming »… Inquiétant lorsqu’il indique qu’il est prêt à jeter les cadavres un par un dans la rue. Touchant lorsqu’il dit qu’il ne retournera plus jamais en prison. Oui, Cazale immense, sans doute un des loosers les plus brillants du septième art. On poursuit avec Charles Durning dans la peau du sergent Moretti. On sait qu’il peut tout jouer ou presque. Il campe son personnage de façon très crédible, entre faiblesse et force, sachant à peine maîtriser le cours des événements. Il offre à voir un flic à visage humain en osmose avec le ton humain proposé par le scénario. Enfin, James Broderick en flic du F.B.I. Comme Cazale, on le verra peu et il ne dira presque rien. Son personnage, au contraire des autres, semble totalement dans la maîtrise. Broderick réussit à faire peur tant il semble dans ce self-contrôle, quasi inhumain. Bref un magnifique casting pour jouer des personnages subtilement écrits, le tout admirablement dirigé par la baguette magique de Sidney Lumet.
07 mars 2007
DARK HORSE de Dagur Kári (2005)
Daniel est un artiste de graffitis un peu irresponsable mais charmant qui ne s'en fait pas, même si tout le monde est après lui: les vigiles de parking, les cafetiers, les factures et la police. Un jour, il tombe amoureux de Franc, une fille aussi irresponsable et charmante que lui. Subitement, les jours faciles prennent fin et il se retrouve confronté à un événement bouleversant qui l'oblige à s'engager...
Un cinéaste que je situerais dans la mouvance Jarmuschienne, d’un point de vue formel mais aussi de fond. Avec le choix du noir et blanc, la subdivision du récit en plusieurs tableaux, le thème de la marginalité, une prédilection pour le multipiste narratif. Donc, si vous aimez le cinéma de Jarmusch, foncez voir « Dark Horse », surtout que le cinéaste Islandais possède sa propre personnalité.
« Dark Horse » me fait penser également à « Buffet froid », où comment filmer les univers sombres avec légèreté, car comme Blier, Dagur Kári joue du comique de situation avec délice, plongeant parfois même carrément dans le burlesque. Ainsi on peut assister à quelques scènes bien déjantées avec des éléphants qui passent derrière un café ou quand une multitude de petites Fiat déboulent sur une route de campagne. Un humour décalé, qui vient masquer subtilement l’atmosphère pesante d’une société proche de la rémission. Le cinéaste marie légèreté et profondeur avec délice, avec un sens aigu de la rupture narrative, déviant en permanence le ton adopté, multipliant sans cesse de nouvelles pistes de récit, ouvrant les possibilités de lectures différentes. Dagur Kári ou l’art de surprendre !
26 février 2007
F.I.S.T. de Norman Jewison (1978)
Avec Sylvester Stallone (Johnny Kovak), Rod Steiger (le sénateur Andrew Madison), Peter Boyle (Max Graham), Melinda Dillon (Anna Zerinkas), Peter Donat (Arthur St Clair), David Huffman (Abe Belkin), Kevin Conway (Vince Doyle), Tony Lo Bianco (Babe Milano)
Synopsis
Dans les années trente, Johnny Kovak, d'origine Polonaise, travaille comme manoeuvre. Chaque jour, il décharge avec ses compatriotes les cargaisons amenées par camions de toutes les régions. Or, brusquement licencié pour avoir défendu des compagnons injustement brimés, Johnny est engagé par le délégué local du Syndicat des Transports pour recruter de nouveaux adhérents. Ses contacts chaleureux avec les autres et son tempérament de meneur d'hommes ont, en effet, attiré l'attention sur lui. Bien que n'étant pas camionnneurs Johnny et son ami Abe Belkin s'acquittent convenablement de leur tâche. Pour faire aboutir leurs revendications, ils organisent une grève qui se solde par une répréssion et par la mort de leur chef. Johnny accepte alors la proposition de Vincent Doyle. A compter de ce jour, lié à la Mafia, Vince encadre les grévistes et répond à toutes les provocations quand lui et ses hommes ne sont pas les provocateurs. D'abord responsable régional, Johnny devient rapidement Président de la Fédération des Camionneurs...
On refait le film
Norman Jewison s'inspire ici de l'ascension sociale et syndicale de Jimmy Hoffa, leader syndicaliste, mystérieusement disparu en 1975, présumé assassiné par la mafia. Le film se focalise sur les trente dernières années de sa carrière avec les premières grèves à Cleveland dans les années 30, les collusions avec la mafia, la lutte contre le pouvoir industriel et le pouvoir syndical. « F.I.S.T. » qui peut se lire de différentes manière, signifiant à la fois "Federation of InterState-Truckers " (" Fédération des Camionneurs Inter-Etats "), mais également le mot anglais "fist " correspondant au mot " poing". Un poing comme une lutte vitale contre les injustices sociales. Jewison offre une très belle photographie historique de la situation même si « Il était une fois en Amérique » de Sergio Leone réalisé un peu plus tard, travaillant un peu sur les mêmes thèmes, lui fait beaucoup d'ombre. Stallone qui sort de « Rocky » trouve à nouveau un magnifique rôle dans lequel il s'investit totalement, participant même à l'écriture du scénario.
22 février 2007
FARGO (1995) de Joel Coen
Avec Frances McDormand (Marge Gunderson), William H Macy (Jerry Lundegaard), Steve Buscemi (Carl Showalter), Peter Stormare (Grimsrud), Harve Presnell (Wade Gustafson), Kristin Rudrüd (Jean Lundegaard), John Carroll Lynch (Norm Gunderson), Tony Denman (Scotty Lundegaard), Larry Brandenburg (Stan Grossman), Bruce Bohne (Lou), Cliff Rakerd (Olson), Bruce Campbell (l'acteur de série télévisée)
Synopsis
En plein hiver, Jerry Lundegaard, un vendeur de voitures d'occasion à Minneapolis, a besoin d'un prêt de Wade Gustafson, son riche beau-père. Endetté jusqu'au cou, il fait appel à Carl Showalter et Gaear Grimsrud, deux malfrats, pour qu'ils enlèvent son épouse Jean. Il pourra ainsi partager avec les ravisseurs la rançon que Wade paiera pour la libération de sa fille. Mais les choses ne vont pas se dérouler comme prévu.
On r'fait le film
Lorsque le fait divers devient chef d’œuvre, lorsque le metteur en scène recherche dans le quotidien de quoi couvrir d’or une œuvre d’art. Les frères Coen ont choisi la vie plutôt que certaines conventions d’un cinéma de genre. C’est cette confrontation du banal et de l’horreur qui donne à Fargo sa particularité extraordinaire. Comme David Lynch, les frères Coen travaille sur un cinéma du contraste. Ici, l’hiver couvre les lieux d’un immense tapis de neige blanche, immaculée et pure, bientôt recouverte du sang de l’effroi. Et cette femme enceinte, prête à donner la vie, qui va emprunter les chemins de la mort. Les frères Coen réussissent également à injecter dans ce matériau un ton de comédie qu’ils jugent omniprésents dans la vie de tous les jours. Les acteurs sont extrêmement justes mais Frances McDormand est époustouflante de simplicité et de crédibilité. Impossible de lui prendre l’Oscar cette année-là !
Mon top 1995 (Année de production)




18 février 2007
BOUND de Andy et Larry Wachowski (1996)
Avec : Jennifer Tilly (Violet), Gina Gershon (Corky), Joe Pantoliano (Caesar), Barry Kivel (Shelly), Christopher Meloni (Johnnie Marconi), John P Ryan (Mickey Malnato), Richard C Sarafian (Gino Marconi), Susie Bright (Jesse) ...
Synopsis 
Violet (Jennifer Tilly) et Corky (Gina Gershon), deux brunes brûlantes, se croisent dans l’ascenseur d’un immeuble. La première, mariée à un mafieux caractériel, séduit la seconde, tout juste sortie de 7 ans de prison. Dévorée d’une passion torride, Violet demande à Corky son aide afin de dérober 2 millions de dollars à son mari et au parrain qui l’emploie...
On r’fait le film
Dès les premières images, le film fait montre d’une maîtrise parfaite, non seulement dans le scénario, mais également dans la mise en scène. A la barre, les frères Wachowski pour leur première réalisation. Ils ont déjà écrit « Matrix » à l’époque, mais on leur demande de d’abord prouver leur talent avec des moyens réduits. C’est exactement ce qu’ils vont faire dans ce qui va s’apparenter à un exercice de style et à une véritable démonstration de savoir-faire…
Les frères Wachowski prennent leur temps pour bien installer les éléments narratifs. Ils travaillent sur le confinement de l’espace et sur le sentiment de claustrophobie : un immeuble, deux appartements l’un à côté de l’autre. Peu de personnages également. Bref, une économie de moyen pour aboutir à un huis clos étouffant et efficace. Tout est extrêmement soigné, que ce soit dans l’écriture, la qualité des images, les mouvements de caméra, la gestion de l’espace confiné, le montage, la direction d’acteur. Tout a été pensé dans le moindre détail.
Le récit offre un très beau découpage en forme de triptyque où l’on va passer d’un genre à un autre. On commence par de l’érotisme, puis du polar noir et pour terminer dans le thriller haletant. Chaque séquence qui suit la précédente est une nouvelle porte ouverte à l’intensification de la tension dramatique, tout le long, dans un crescendo continu. La première partie érotique entre les deux femmes offre une ambiance très chaude et sensuelle. C’est quand arrive l’homme qu’on dévie vers le polar noir où l’on assiste également à une confrontation des sexes et à un jeu d’arnaque, de manigance et de trahison. C’est à la fois plein d’humour et sous tension. La dernière partie plonge complètement dans le thriller de la guerre des nerfs, de manière classique mais très efficace.
Les trois comédiens principaux, Jennifer Tilly, Gina Gershon et Joe Pantoliano sont parfaitement crédibles. Une triangulaire magique…
Très belle réussite à tout point de vue que ce thriller érotique très original.
Mon top 1996 (Année de production)






06 février 2007
LE SILENCE DES AGNEAUX de Jonathan Demme (1990)
Avec Jodie Foster, Anthony Hopkins, Scott Glenn, Anthony Heald, Ted Levine, Frankie Faison, Kasi Lemmons, Brooke Smith,
Synopsis 
Clarice Starling, jeune stagiaire du FBI, est designée pour enquêter sur une série de meurtres épouvantables commis dans le Middle West par un tueur de femmes psychopathe connu sous le nom de Buffalo Bill.
On r'fait le film
Vraisemblablement un des scénarios les mieux élaborés de ces vingt dernières années. Pour moi, c'est dans cette construction de récit très précise que se situe toute la force de cette oeuvre, inscrivant l'épouvante au sein du genre policier. Il faut dire que Demme et son équipe se sont lancés dans de longues recherches avant de commencer à tourner et qui ont abouti à la naissance de James " Buffalo Bill " qui est en fait un mélange de trois tueurs en série ayant existé. Le personnage interprété brillamment par Anthony Hopkins, Hannibal Lecter est également très bien construit car l'horreur et la très grand courtoisie coéxistent en lui. Lorsque Jonathan Demme s'empare du projet, il décide de faire appel à Hopkins, jusque là cantonné au répertoire shakespearien. Demme l'admire depuis « Elephant Man » de David Lynch, dans lequel Hopkins incarnait le docteur Treves. Lorsque l'acteur s'étonne de la comparaison entre Lecter et Treves, qui était un homme profondément humain, Demme lui répond: "C'est exactement comme ça qu'il faut imaginer Lecter". Ce personnage ainsi que son interprétation est certainement un élément clé de la qualité et du succès de ce film et l'on peut voir à quel point Jonathan Demme est un excellent directeur d'acteur également (Voir également après l'avis les propos du réalisateur pour le choix de Jodie Foster). Derrière un bon scénario, un riche dessin des personnages donc, comme souvent dans les très grands films. Jonathan Demme, ici plus que jamais marche sur les traces de ceux qu'il a adorés : Hitchcock et Lynch, dans leur maîtrise totale des codes cinématographiques de narration. Comme je l'ai écrit dans un autre article, pour moi, Hitchcock, au même titre que Welles, est même l'un des inventeurs du code de narration cinématographique. Et l'on peut dire que « Le silence des agneaux » n'a vraiment pas à rougir de la comparaison. Le film fut l'un des rares avec « New York-Miami » de Franck Capra en 1934 et « Vol au-dessus d'un nid de coucou » de Milos Forman en 1975, à avoir remporté les 5 oscars majeurs : meilleur film, meilleur réalisateur (Jonathan Demme), meilleur acteur (Anthony Hopkins), meilleure actrice (Jodie Foster) et meilleure adaptation (Ted Tally).
Jonathan Demme : « Dans la plupart des films le héros est un homme. En faisant du héros une femme, on fait quelque chose de différent, et le simple fait d'être différent est un plus. Vous vous éloignez du cliché. Les femmes sont considérées comme étant vulnérables. Or, en mettant une personne vulnérable dans une situation qui nécessite de l'autorité, on obtient une très forte dynamique émotionnelle".















