On r'fait le film

On r'fait le film avec une mauvaise foi pas possible.

17 décembre 2006

Il ETAIT UNE FOIS EN AMERIQUE de Sergio Leone (1983)

Synopsis animation_once_upon

Nathan Aaronson, dit "Noodles", vieil homme solitaire, revient à New-York et se souvient... Sa jeunesse délinquante dans le ghetto juif dans les années 20, avec Max, son ami de toujours ; leur ascension sans gloire dans la pègre, le trafic d'alcool, les fumeries d'opium...
Mais il se souvient aussi de son amour d'enfance Deborah ; de la violence, des meurtres sauvages... et de la trahison...

once_upon_america2On r'fait le film

Cette fresque historique se présente comme un triptyque narratif : les années 20 correspondant à l’adolescence des personnages ; les années 30 correspondant à l’âge adulte et enfin les années 60 à la vieillesse.  Comme regard historique, Leone propose un travail de mémoire par l’intermédiaire de Noodles/De Niro.  A cette mémoire, Leone donne une forme narrative des plus originales et intelligentes.  Par un montage virtuose de flash-back, Leone offre par morceau, des séquences d’histoire aux allures de puzzle déconstruit, qu’il va s’amuser à reconstruire de façon non chronologique, mais développée pour l’essentiel linéairement. 

Techniquement parlant, « Il était une fois en Amérique » se présente comme une apothéose de virtuosité atteignant les sommets du septième art .  Rapidement, Leone va bouleverser le code narratif habituel avec par exemple cette séquence d’anthologie où 22 sonneries de téléphone vont relier plusieurs scènes et plusieurs époques entre elles.  « Il était une fois en Amérique », une exploration cinématographique de la notion du temps et du processus de mémoire.

Leone l’a démontré à chaque fois, il n’accepte jamais les idées préétablies, que ce soit pour les aspects techniques cinématographiques ou historiques.  Il travaille comme un véritable filtre qui s’acharne à débarrasser toute particule préconçue de sa création narrative.  C’est dans cet état d’esprit que Leone va traverser « son » Histoire de l’Amérique, proposant un état des lieux relativement sombre.  Son Histoire de l’Amérique n’est ni une enquête sociale ou politique, ni une analyse critique, mais plutôt une fable moderne. 

Noodles, monsieur Personne modernisé à qui Leone offre un nom. Noodles, voyageur du temps qui paie très cher le sacrifice des valeurs de l’enfance et de l’adolescence.  Noodles, , mémoire du monde fabuleux et perdu de sa jeunesse.  Noodles, crucifié sur une croix trop grande pour lui.  Noodles, symbole de la croyance en la liberté, en l’amour, à l’amitié et la fidélité au serment.  Noodles, seul rescapé du temps passé et du vieillissement quand tout son entourage a fait naufrage dans l’archétype du destin.  Noodles, rêve éveillé et électron totalement libre à l’intérieur du mythe américain.  Noodles, comme si la réalité de la vie valait moins qu’un songe.  Noodles, quand un acteur de légende et un personnage ne font qu’un.  Noodles, quand un réalisateur de légende et un personnage ne font qu’un.  Noodles, pierre précieuse et anthologie du cinéma, qui hante mes jours et mes nuits.

Il était une fois un dernier plan...

leoneOn se pose souvent la question concernant le dernier plan de "Il était une fois en Amérique".  On voit Noodles sourire... Alors, est-ce une porte ouverte à l'interpétation ? En tout cas, le Maestro a répondu à cette question :

"La particularité de l'opium est d'être une drogue qui vous fait imaginer le futur comme le passé. L'opium crée des visions de l'avenir. Les autres drogues ne vous font voir que le passé. Alors pendant que Noodles rêve comment sa vie pourra être et qu'il imagine son futur, il me donne la possibilité, à moi, metteur en scène européen, de rêver à l'intérieur du mythe américain. Et c'est cela la combinaison idéale. On marche ensemble. Noodles avec son rêve. Et moi avec le mien. Ce sont deux poèmes qui fusionnent. Car en ce qui me concerne, Noodles n'est jamais sorti de 1930. Il rêve tout. Tout le film est le rêve d'opium de Noodles à travers lequel je rêve les fantômes du cinéma et du mythe américains".

Posté par Chrislynch2 à 05:42 - Monsieur Leone - Commentaires [27] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

22 mars 2006

LE BON, LA BRUTE ET LE TRUAND de Sergio Leone (1966)

Avec : Clint Eastwood, Lee Van Cleef, Aldo Giuffrè, Luigi Pistilli, Rada Rassimov, Enzo Petito, Claudio Scarchilli, John Bartha, Livio Lorenzon, Antonio Casale, Sandro Scarchilli, Benito Stefanelli, Angelo Novi, Antonio Casas, Aldo Sambrell,

Synopsis animation_le_bon

Pendant la Guerre de Sécession, trois hommes, préférant s'intéresser à leur profit personnel, se lancent à la recherche d'un coffre contenant 200 000 dollars en pièces d'or volés à l'armée sudiste. Tuco sait que le trésor se trouve dans un cimetière, tandis que Joe connaît le nom inscrit sur la pierre tombale qui sert de cache. Chacun a besoin de l'autre. Mais un troisième homme entre dans la course : Setenza, une brute qui n'hésite pas à massacrer femmes et enfants pour parvenir à ses fins. leone

Note d’intention de Leone

"J'ai commencé « Le Bon, la brute et le truand » comme les deux premiers mais cette fois avec trois hommes à la recherche d'un trésor. Ce qui m'intéressait dans le film était, d'une part, de démythifier les trois adjectifs et, d'autre part, de montrer l'absurdité de la guerre. Qu'est-ce que "bon", "brute" et "truand" signifient? Nous avons tous quelque chose de bon, de mauvais et de laid en nous. Certaines personnes paraissent vraiment horribles mais quand on apprend à les connaître, on réalise qu'elles valent mieux que ça. Quant à la Guerre Civile que les personnages rencontrent sur leur chemin, pour moi, c'est une chose stupide et inutile. On n’y trouve pas de "bonne cause"... Je montre un camp de concentration du Nord en pensant aux camps nazis avec leurs orchestres juifs. Tout ceci ne veut pas dire qu'il n'y a pas lieu de rire dans le film. Derrière ces aventures tragiques se cache un esprit picaresque." antonio_casas1

On r'fait le film

Dernier volet de la saga « trilogie du dollar » comme aime à l’appeler Leone. Comme le succès est venu frappé à la porte des deux premiers volets, Leone reçoit enfin un budget considérable pour nourrir cette dernière séquence de la trilogie.  Comme clin d’œil, il suggère dans son scénario la difficulté qu’il a eu à travailler avec des budgets en peau de chagrin pour « Une poignée de dollars » et « Et pour quelques dollars de plus ».  En effet, la somme recherche par les trois hommes est de 200.000 dollars, soit l’exact budget du premier volume de la série.

h_d_hc_Leone bouscule avec délectation et cynisme les codes narratifs du genre.  Il impose Clint Eastwood comme archétype du cowboy comme John Ford l’avait fait avec John Wayne, mais à la différence près que Clint, lui, n’aura aucun mal à tirer une balle dans le dos de son adversaire.  Et c’est vrai que le personnage interprété par Clint Eastwood, présenté d’abord comme le bon, est comme le dit Leone, un aussi grand fils de pute que la brute ou le truand.  Leone, roi du nihilisme cinématographique, lance à nouveau sa grosse boule de billard dans le jeu de quilles des stéréotypes, dans un mélange de continuité et d’irrespect pour les cinéastes qui l’ont précédé.  Rappelons tout de même que Leone vénère John Ford par-dessus tout, en puisant dans les derniers films pessimistes de ce dernier, les racines-mêmes de sa création.  antonio_ruiz1

Le cynisme occupe une bonne partie de la narration et frôle parfois l’effet gratuit, voire méchant sans fond.  Mais Leone intègre une dose d’humanité à son récit, mise en perspective avec son point de vue sur l’Histoire.  Digérer l’Histoire à sa façon, Leone le fera jusqu’à son dernier souffle cinématographique.  Il s’agit même-là d’une des caractéristiques fondamentales du style Leone qui n’accepte jamais qu’on lui impose quoi que ce soit d’établi.  Se nourrir de l’expérience et du témoignage du passé, oui.  Se fondre dedans, jamais ! Dans ce monde sans foi ni loi, Leone insère des moments d’humanité et de compassion très louables sur fond de guerre civile, mais qui jurent avec l’atmosphère cynique qui prédomine.  Règne alors comme une sorte de confusion des genres, très déroutante, voire malhabile.  Pour ma part, je considère que cet alliage magique qui consiste à unir cynisme et profondeur, Leone y parviendra magnifiquement plus tard dans « Il était une fois dans l’ouest » et surtout « Il était une fois en Amérique ».

lkgvjl_hvgLe style Leone explose une fois de plus à la face du monde. Quasi chaque plan entre dans la mythologie du septième art et sera donné en exemple dans les plus grandes écoles de cinéma.  Techniquement parlant, Leone est sans doute un des plus doués de l’Histoire du septième art.  Le cinéaste surdoué se jouant des cadres en composant de magnifiques plans larges et de gros plans qui touchent à la perfection.  Et bien sûr, avec la cerise sur le gâteau, Ennio Morricone qui s’inspire pour l’occasion du cri de la hyène pour son énergie et son agressivité.

Posté par Chrislynch2 à 08:58 - Monsieur Leone - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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