On r'fait le film

On r'fait le film avec une mauvaise foi pas possible.

27 mai 2007

HONKYTONK MAN de Clint Eastwood (1982)

   

Avec Clint Eastwood (Red Stovall), Kyle Eastwood (Whit), John McIntire (le grand-père), Alexa Kenin (Marlene), Verna Bloom (Emmy), Matt Clark (Virgil), Barry Corbin (Arnspringer), Jerry Hardin (Smuffy)

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Synopsis

Red Stovall, guitariste alcoolique, s’engage sur la route de Nashville pour participer à une audition du Grand Ole Opry. Pour le chaperonner, un grand-père nostalgique et deux adolescents voulant échapper à la dépression des années 30.

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Accomplir ses rêves à tout prix pour offrir un sens sa vie, voilà l’idée que nous propose Clint Eastwood dans cette entreprise.  Rarement le cinéaste aura été aussi clair sur ses intentions. 

Clint Eastwood est encore un jeune cinéaste à l’époque et il oscille entre la réalisation de films commerciaux et d’autres plus intimistes.  Le film qui précède celui-ci est « Firefox, l’arme absolue », qui est à visée clairement commerciale.  Juste avant, « Bronco Billy », beaucoup plus personnel.  Une façon d’osciller « entre deux voies », lui permettant avec les succès récoltés lors de ses films commerciaux, de trouver par ailleurs une vraie liberté artistique.

« Honkytonk man » est un film de recherche.  Eastwood s’inscrit d’ailleurs dans le genre « road movie », qui constitue la parfaite illustration d’une quête de lucidité et de bien-être intérieure.  On le verra par la suite, dans les futures réalisations du cinéaste, qu’il adore parsemer sa structure narrative de points d’interrogation.  Les idées toutes faites, les conclusions hâtives, le manichéisme, ne font pas partie de son répertoire.  Et ce qui caractérise bien l’œuvre du cinéaste, c’est la finesse et les nuances de son propos.

L’action du récit se déroule pendant la dépression des années 30, soit pendant les premières années de vie du réalisateur.  Eastwood observe son début de vie par le biais du rétroviseur cinéma.  Une très lourde période à assumer pour un enfant qui découvre le monde.  Alors quoi7566571 de plus fort que le rêve pour s’échapper du misérabilisme ambiant. « Honkytonk man » est à l’évidence un point de vue autobiographique du réalisateur, soit l’une de ses œuvres les plus importantes qui offre beaucoup d’éléments de compréhension sur les motivations fondamentales du cinéaste : le rêve pour s’échapper, pour exister.  Le personnage central Red Stovall ressemble comme deux gouttes d’eau à Clint Eastwood, quant au but à atteindre dans la vie.  Le fait également qu’il offre le second rôle à son propre fils indique également qu’il s’agit d’une œuvre très investie, très personnelle.  Comme un cadeau d’un père à son fils pour lui transmettre quelques valeurs fondamentales.

C’est par la musique que le jeune Clint Eastwood parvient à s’évader du marasme quotidien.  Et c’est à cette amie artistique que le réalisateur va rendre un vibrant hommage en rejouant les airs du blues et de country par l’intermédiaire de son double imaginaire, Red Stovall.

Autre caractéristique très importante dans ce film, c’est la notion de lutte contre le temps et contre le vieillissement, qui va transparaître dans toute l’œuvre du cinéaste.

Un film d’une importance capitale pour comprendre le cinéaste Clint Eastwood.  « Honkytonk man » est à Eastwood ce que « E.T. » est à Spielberg, les « 400 coups » à Truffaut, « Citizen Kane » à Welles.

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29 mars 2006

SPACE COWBOYS de Clint Eastwood (2000)

Avec Clint Eastwood (Dr. Frank Corvin), Tommy Lee Jones (William "Hawk" Hawkins), Donald Sutherland (Jerry O’Neill), James Garner (Tank Sullivan), James Cromwell (Bob Gerson), William Devane (Eugene Davis), Marcia Gay Harden (Sara Holland), Loren Dean (Ethan Glance), Courtney B. Vance (Roger Hines), Barbara Babcock (Mrs. Corvin), Rade Sherbedgia (Le général Vostov), Blair Brown, Aleksandr Kuznetsov

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Etats-Unis, 1958. Le pays est en pleine course vers les étoiles contre les russes. Frank Corvin, William Hawkins , Tank Sullivan et Jerry O'Neill vont devenir les premiers hommes en apesanteur dans l'espace. Ils forment la mission Daedalus et tous les espoirs sont d'un pays sont entre leurs mains…

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Eastwood : "C'est la résurrection de quatre personnages pris pour de vieux schnocks. Ils ont l'opportunité inespérée d'obtenir une seconde chance à l'automne de leur vie. Une occasion unique de faire leurs preuves, d'obtenir leur revanche, quarante ans plus tard, alors qu'ils s'étaient résignés. Le tout sur fond d'aventures et de suspense. Ce n'est pas un thème bien nouveau, mais c'est pour moi le moyen de rendre hommage à ces pionniers des années 50 qui avaient pris d'énormes risques en franchissant la barrière du son. Dans la réalité, comme dans le film, ils n'avaient pas eu la chance d'aller dans l'espace."

A l’époque du tournage de « Space cowboys », Clint Eastwood fête ses 70 printemps.  L’occasion pour lui de renouer avec l’un de ses thèmes favoris : le vieillissement et la lutte contre le temps qui passe inexorablement.    On pense à l’un de ses anciens films les plus personnels : « Honkytonk man », réalisé en 1982, élaboré sur cette même thématique, qui démontrait également par ailleurs cette obsession de vouloir donner un sens à sa vie, notamment dans la volonté d’accomplissement des rêves.  Car « Space cowboys » représente avant tout la revanche d’un homme dépossédé de son utopie.  Le personnage Franck interprété par Eastwood l’indique en substance : « Le jour le plus triste de ma vie a été celui du premier pas d’Armstrong sur la lune ».  Eastwood n’est pas un contemplateur passif.  Il aime prendre son destin en main en investissant profondément l’espace-temps et en explosant ses préjugés : oui, il a 70 ans, mais rien ne l’empêchera de tourner, de rêver.  « Space Cowboys » se profile comme un combat effréné contre le vieillissement, certes, mais surtout contre la mort, qu’il compte nier jusqu’à son dernier souffle.  Il y a l’idée d’éternité qui transparaît fortement : la dernière image, irréelle et poétique, de Tommy Lee Jones sur la lune l’évoque subtilement, le spectateur ne sachant pas très bien si son personnage est toujours en vie ou pas.  Avec humour, Eastwood expérimente le contre-pied sur la logique du temps en jouant de l’éternelle résurrection.space_cowboys

Le contre-pied, Eastwood va également en jouer en niant la mode cinématographique et sa logique commerciale, où les nouvelles idoles d'Hollywood ne dépassent pas les 25 ans, public adolescent oblige. Clint Eastwood, 70 ans, James Garner, 71 ans, Donald Sutherland, 65 ans et Tommy Lee Jones, 53 ans à l’époque ! A priori, pas de quoi exciter les investisseurs et leurs proies faciles.  On pense à « Straight story » de David Lynch où le cinéaste avait investi profondément cette même démarche. A noter le pied de nez au contre-pied, quand Eastwood, vicieusement et ironiquement, va refiler le cancer au plus jeune d’entre eux, Tommy Lee Jones ! L’ironie, un maître-atout dans la personnalité cinématographique de Clint Eastwood, qui se reflète dans la quasi-totalité de se réalisations.  Un moyen de se distancier en permanence de l’éventualité d’une trop lourde dramatisation, moyen dont Clint Eastwood raffole.  C’est sa marque de fabrique, celle de l’équilibre entre sérieux et humour, entre proposition personnelle et commerciale, qui va se concrétiser pleinement dans « Space cowboys ».  Les quatre retraités portent eux la symbolique obsessionnelle d’Eastwood sur le vieillissement et la mort, mais contrebalancé par un traitement narratif basé sur le mode léger du divertissement.  Rares sont les cinéastes qui sont parvenus à une telle réussite sur cette dualité.

Par ailleurs, Eastwood va prolonger une idée chère à quelques grands cinéastes Hollywoodiens, celle de la résurrection du has-been, que l’on retrouvait par exemple chez Howard Hawks (Rio Bravo) et aujourd’hui Quentin Tarantino (Jackie Brown).  Idée importante car symbolique d’une Amérique brisée dans sa course effrénée à la réussite, abandonnant une masse considérable de laissés pour compte, au sein du société choisissant le pragmatisme à l’utopie (Eastwood incarne un ancien pilote qui avait été écarté du premier voyage de l'Histoire dans l'espace au profit d'un chimpanzé !).   Une Amérique qui feint de jouer l’esprit d’équipe en permanence, mais qui en réalité ne joue que sa carte personnelle, se heurte ici au sommet de l’art individuel.  Eastwood, le héros solitaire par excellence (dans le film, on reproche en permanence à Frank de ne pas avoir l’esprit d’équipe), va déjouer ici tous les plans foireux et égoïstes d’une Amérique hypocrite.  Eastwood préfère les rapports humains profonds, les amitiés viriles, qui vont surpasser la force froide des institutions.  Il va réussir, non sans mal, à les faire plier à son point de vue.  Et Eastwood de renouer avec le mythe du héros marginal à visage humain, celui qui lui a permis de traverser le temps cinématographique avec nuance, légèreté et noblesse, au moins jusqu’à ses 70 ans ! Qui dit mieux ?

Posté par Chrislynch2 à 07:58 - Monsieur Eastwood - Commentaires [14] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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