On r'fait le film

On r'fait le film avec une mauvaise foi pas possible.

12 septembre 2007

SUNDAY de Jonathan Nossiter (1996)

  • promsundaySynopsis

Oliver, ancien cadre au chômage, a trouvé refuge dans un foyer pour SDF en plein cœur du Queens. Un dimanche matin, après un réveil solitaire au milieu des autres sans-logis, il croise Madeleine, une comédienne qui s'ennuie. Immédiatement, elle le prend pour Mathew Delacorta, cinéaste célèbre qu'elle a rencontré autrefois. Oliver ne la détrompe pas et, pour une journée, s'invente une autre existence avec la complicité active de Madeleine.

On refait le film

Y en a qui vous parle de l'Amérique
Ils ont des visions de cinéma
Ils vous disent "Quel pays magnifique!
Notre paris n'est rien auprès d'ça!"
Ces boniments là rendent moins timides
Bref on y part un jour de cafard
Encore un d'plus qui le ventre vide
A New-York cherchera un dollar
Parmi les gueux et les proscrits
Les émigrants au coeur meurtri
Il dira regrettant Paris

Où est-il mon moulin d'la place blanche
Mon tabac et mon bistrot du coin
Tous les jours pour moi c'était dimanche
Où sont ils les amis les copains
Où sont-ils tous mes vieux bals musettes
Leurs javas au son d'l'accordéon
Où sont-ils tous mes r'pas sans galette
Avec un cornet d'frites à deux ronds
Où sont-ils donc?

C’est par cette chanson de Fréhel – « Où est-il donc » – que s’ouvre « Sunday ».  Une musique douce amère qui en dit déjà long sur la suite du programme que nous réserve Jonathan Nossiter.  Un chant triste et nostalgique qu’accompagnent des images obscures et brumeuses qui nous plongent au cœur du quartier du Queens à New York et plus précisément au sein d’un foyer SDF.  plantsunday

Quasi à la manière d’un documentaire, on va sinuer dans ses locaux misérables en observant le quotidien du microcosme.  Petit à petit, par à-coup, la caméra va s’intéresser plus particulièrement à l’un des personnages, Oliver.  C’est par la lui que la narration va sortir par moment du processus en cours pour plonger dans la fiction, elle-même coupée par l’observation « documentaire » des copains de chambrée d’Oliver.  Le réalisateur va nager ostensiblement entre deux eaux, très intéressé d’associer deux manières de faire du cinéma.  Ainsi Fiction et documentaire, entremêlés en permanence avec bonheur, offre l’une des particularités de « Sunday ».

Le plus souvent on va suivre Oliver donc, myope, qui semble errer sans but dans les ruelles miséreuses du Queens jusqu’au moment où il tombe sur une femme qui semble le reconnaître.  Madeleine prend Oliver pour Matthew Delacorta, un réalisateur qu’elle a rencontré à Londres.  Il va entrer dans son jeu en endossant le costume d’un autre que lui.  C’est une actrice de la cinquantaine sur le déclin, qu’on ne demande plus.  Deux êtres « perdus pour la vie » qui se rencontrent, pour tenter peut-être de remettre la machine en route et du dynamisme à l’existence.  Il ment, elle ment peut-être… pour résister à la mort qui pointe son nez ou tout simplement pour donner un sens au néant.  

« Sunday », psychanalyse du désespoir, émouvante à souhait, dans la bouche d’Oliver : « Sunday, dimanche matin.  Il était tôt.  Il ne faisait pas encore jour.  Je me suis réveillé seul chez moi.  Je me sentais nerveux, déprimé.  En fait, j’étais seul mais je n’avais pas de vie privée.  Je pouvais entendre mes voisins, la musique à la radio, les dessins animés, les informations, puis les émissions religieuses et les pubs. Du café, deux baguettes et de la confiture de framboise.  Un pamplemousse rose.  Un bol de céréales avec des raisins.  Mais rien n’avait de goût.  Sous mes yeux s’étalait toute la liberté d’une journée vide.  Dimanche, jour du néant. ».

douchsunday« Sunday », un coin de ciel bleu sous le ciel gris, lorsque Madeleine invite Oliver à prendre un verre au lieu dit « ciel bleu ».  Le Queens, terre désolée, que Madeleine appelle le « No man’s land », qui renaît un instant par l’intérêt de deux êtres l’un pour l’autre.   Le Queens, théâtre de vie et de mort, oublié de l’Amérique et du monde que Jonathan Nossiter travaille sans concession et sans misérabilisme, tout en humanité, comme les frères Taviani montreraient leur Sicile.   On est dans la poésie du malheur ou dans la sombre illumination, parfois inquiet parfois gai, sans jamais choisir son camp.  Le théâtre de la vie et la lutte contre l’oubli, de soi-même et des autres.   « Sunday », entre deux mondes, entre vie et mort, entre sens et non-sens.

Tout simplement un chef-d’œuvre d’humanité, tout en nuance et intelligence, interprété magnifiquement par deux comédiens, David Suchet et Lisa Harrow, sortis tous deux de la Royal Shakespeare Company. 

Posté par Chrislynch2 à 13:39 - Monsieur Nossiter - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Film inconnu au bataillon.

A voir, donc.
Le thème me donne envie, les images aussi !
Chrislynch le retour.

Posté par Tarantinette, 12 septembre 2007 à 21:35

:-p

Le genre de film que t'adores !
Perso j'ai pas encore vu mais avant tout jamais entendu parler !

Posté par Tim, 12 septembre 2007 à 22:02

:)

Yeah!!!! content que sois de retour, il est temps de remettre un peu d'activité dans tous nos blogs là ! lol.

Bien entendu, je n'ai jamais vu ce film, mais l'avisque tu en donnes, ainsi qu'un synopsis très intéressant me donnent très envie de le voir. J'essaierai de mettre la main dessus.

Cette histoire de supercherie, de prise d'identité me semble être en parfaite osmose avec mes goûts cinématographiques !

Je note...

Posté par Michael, 13 septembre 2007 à 08:27

Tim psychanaliste

"Le genre de film que t'adores !"

Pq tu dis ca ? :-)

Posté par chris, 13 septembre 2007 à 08:55

Film à voir en effet

David Suchet loin de son rôle d'Hercule Poirot est magnifique. La scène d'amour avec Lisa Harrow est pudique et très sensuelle. C'est un film bouleversant.

Posté par dasola, 13 septembre 2007 à 14:53

Don

Difficile d'expliquer mais je vais tenter :)

Cinéma léger, histoire d'amour entre deux êtres "has been", homogène, sans manichéisme ni stéréotype, dans un quartier pauvre, "ciel bleu sous ciel gris", cinéma de rue,...

CQFD

Sors de ce corps Sigmund ! :p

Posté par Tim, 13 septembre 2007 à 20:17

Tim Jung

lol :-))))))

Posté par chris, 14 septembre 2007 à 08:46

Beaucoup de plaisir à réentendre parler de Sunday, que j'étais allé tout de suite revoir à sa sortie. Je n'ai pas une excellente mémoire mais pour autant, je trouve que tu rends justice à ce film souvent méconnu. C'était pourtant l'arrivée de Nossiter qui ne m'a vraiment pas l'air d'être n'importe qui, ne serait-ce qu'humainement. Ma préférence va à Signs and Wonders que j'avais littéralement adoré mais qui n'est presque pas resté à l'affiche. As-tu pu le voir ?

Posté par D&D, 18 septembre 2007 à 15:37

D&D

Heureux de partager le plaisir que procure ce film avec toi. Hélas je n'ai pas vu encore "Signs & Wonders" et je le regrette bien sûr...

+++

Posté par chris, 19 septembre 2007 à 08:34

Métaphore sur le regard

Le pesonnage porte en lui une belle métaphore : a-t-il été cinéaste ? Peut-être... mais un cinéaste myope alors, qui ne voyait pas nettement la réalité du quotidien de certains hommes...

Posté par NormaDesmond, 23 septembre 2007 à 19:10

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