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Oliver, ancien cadre au chômage, a trouvé refuge dans un foyer pour SDF en plein cœur du Queens. Un dimanche matin, après un réveil solitaire au milieu des autres sans-logis, il croise Madeleine, une comédienne qui s'ennuie. Immédiatement, elle le prend pour Mathew Delacorta, cinéaste célèbre qu'elle a rencontré autrefois. Oliver ne la détrompe pas et, pour une journée, s'invente une autre existence avec la complicité active de Madeleine.

On refait le film

Y en a qui vous parle de l'Amérique
Ils ont des visions de cinéma
Ils vous disent "Quel pays magnifique!
Notre paris n'est rien auprès d'ça!"
Ces boniments là rendent moins timides
Bref on y part un jour de cafard
Encore un d'plus qui le ventre vide
A New-York cherchera un dollar
Parmi les gueux et les proscrits
Les émigrants au coeur meurtri
Il dira regrettant Paris

Où est-il mon moulin d'la place blanche
Mon tabac et mon bistrot du coin
Tous les jours pour moi c'était dimanche
Où sont ils les amis les copains
Où sont-ils tous mes vieux bals musettes
Leurs javas au son d'l'accordéon
Où sont-ils tous mes r'pas sans galette
Avec un cornet d'frites à deux ronds
Où sont-ils donc?

C’est par cette chanson de Fréhel – « Où est-il donc » – que s’ouvre « Sunday ».  Une musique douce amère qui en dit déjà long sur la suite du programme que nous réserve Jonathan Nossiter.  Un chant triste et nostalgique qu’accompagnent des images obscures et brumeuses qui nous plongent au cœur du quartier du Queens à New York et plus précisément au sein d’un foyer SDF.  plantsunday

Quasi à la manière d’un documentaire, on va sinuer dans ses locaux misérables en observant le quotidien du microcosme.  Petit à petit, par à-coup, la caméra va s’intéresser plus particulièrement à l’un des personnages, Oliver.  C’est par la lui que la narration va sortir par moment du processus en cours pour plonger dans la fiction, elle-même coupée par l’observation « documentaire » des copains de chambrée d’Oliver.  Le réalisateur va nager ostensiblement entre deux eaux, très intéressé d’associer deux manières de faire du cinéma.  Ainsi Fiction et documentaire, entremêlés en permanence avec bonheur, offre l’une des particularités de « Sunday ».

Le plus souvent on va suivre Oliver donc, myope, qui semble errer sans but dans les ruelles miséreuses du Queens jusqu’au moment où il tombe sur une femme qui semble le reconnaître.  Madeleine prend Oliver pour Matthew Delacorta, un réalisateur qu’elle a rencontré à Londres.  Il va entrer dans son jeu en endossant le costume d’un autre que lui.  C’est une actrice de la cinquantaine sur le déclin, qu’on ne demande plus.  Deux êtres « perdus pour la vie » qui se rencontrent, pour tenter peut-être de remettre la machine en route et du dynamisme à l’existence.  Il ment, elle ment peut-être… pour résister à la mort qui pointe son nez ou tout simplement pour donner un sens au néant.  

« Sunday », psychanalyse du désespoir, émouvante à souhait, dans la bouche d’Oliver : « Sunday, dimanche matin.  Il était tôt.  Il ne faisait pas encore jour.  Je me suis réveillé seul chez moi.  Je me sentais nerveux, déprimé.  En fait, j’étais seul mais je n’avais pas de vie privée.  Je pouvais entendre mes voisins, la musique à la radio, les dessins animés, les informations, puis les émissions religieuses et les pubs. Du café, deux baguettes et de la confiture de framboise.  Un pamplemousse rose.  Un bol de céréales avec des raisins.  Mais rien n’avait de goût.  Sous mes yeux s’étalait toute la liberté d’une journée vide.  Dimanche, jour du néant. ».

douchsunday« Sunday », un coin de ciel bleu sous le ciel gris, lorsque Madeleine invite Oliver à prendre un verre au lieu dit « ciel bleu ».  Le Queens, terre désolée, que Madeleine appelle le « No man’s land », qui renaît un instant par l’intérêt de deux êtres l’un pour l’autre.   Le Queens, théâtre de vie et de mort, oublié de l’Amérique et du monde que Jonathan Nossiter travaille sans concession et sans misérabilisme, tout en humanité, comme les frères Taviani montreraient leur Sicile.   On est dans la poésie du malheur ou dans la sombre illumination, parfois inquiet parfois gai, sans jamais choisir son camp.  Le théâtre de la vie et la lutte contre l’oubli, de soi-même et des autres.   « Sunday », entre deux mondes, entre vie et mort, entre sens et non-sens.

Tout simplement un chef-d’œuvre d’humanité, tout en nuance et intelligence, interprété magnifiquement par deux comédiens, David Suchet et Lisa Harrow, sortis tous deux de la Royal Shakespeare Company.