HONKYTONK MAN de Clint Eastwood (1982)
Avec Clint Eastwood (Red Stovall), Kyle Eastwood (Whit), John McIntire (le grand-père), Alexa Kenin (Marlene), Verna Bloom (Emmy), Matt Clark (Virgil), Barry Corbin (Arnspringer), Jerry Hardin (Smuffy)
Synopsis
Red Stovall, guitariste alcoolique, s’engage sur la route de Nashville pour participer à une audition du Grand Ole Opry. Pour le chaperonner, un grand-père nostalgique et deux adolescents voulant échapper à la dépression des années 30.
Accomplir ses rêves à tout prix pour offrir un sens sa vie, voilà l’idée que nous propose Clint Eastwood dans cette entreprise. Rarement le cinéaste aura été aussi clair sur ses intentions.
Clint Eastwood est encore un jeune cinéaste à l’époque et il oscille entre la réalisation de films commerciaux et d’autres plus intimistes. Le film qui précède celui-ci est « Firefox, l’arme absolue », qui est à visée clairement commerciale. Juste avant, « Bronco Billy », beaucoup plus personnel. Une façon d’osciller « entre deux voies », lui permettant avec les succès récoltés lors de ses films commerciaux, de trouver par ailleurs une vraie liberté artistique.
« Honkytonk man » est un film de recherche. Eastwood s’inscrit d’ailleurs dans le genre « road movie », qui constitue la parfaite illustration d’une quête de lucidité et de bien-être intérieure. On le verra par la suite, dans les futures réalisations du cinéaste, qu’il adore parsemer sa structure narrative de points d’interrogation. Les idées toutes faites, les conclusions hâtives, le manichéisme, ne font pas partie de son répertoire. Et ce qui caractérise bien l’œuvre du cinéaste, c’est la finesse et les nuances de son propos.
L’action du récit se déroule pendant la dépression des années 30, soit pendant les premières années de vie du réalisateur. Eastwood observe son début de vie par le biais du rétroviseur cinéma. Une très lourde période à assumer pour un enfant qui découvre le monde. Alors quoi
de plus fort que le rêve pour s’échapper du misérabilisme ambiant. « Honkytonk man » est à l’évidence un point de vue autobiographique du réalisateur, soit l’une de ses œuvres les plus importantes qui offre beaucoup d’éléments de compréhension sur les motivations fondamentales du cinéaste : le rêve pour s’échapper, pour exister. Le personnage central Red Stovall ressemble comme deux gouttes d’eau à Clint Eastwood, quant au but à atteindre dans la vie. Le fait également qu’il offre le second rôle à son propre fils indique également qu’il s’agit d’une œuvre très investie, très personnelle. Comme un cadeau d’un père à son fils pour lui transmettre quelques valeurs fondamentales.
C’est par la musique que le jeune Clint Eastwood parvient à s’évader du marasme quotidien. Et c’est à cette amie artistique que le réalisateur va rendre un vibrant hommage en rejouant les airs du blues et de country par l’intermédiaire de son double imaginaire, Red Stovall.
Autre caractéristique très importante dans ce film, c’est la notion de lutte contre le temps et contre le vieillissement, qui va transparaître dans toute l’œuvre du cinéaste.
Un film d’une importance capitale pour comprendre le cinéaste Clint Eastwood. « Honkytonk man » est à Eastwood ce que « E.T. » est à Spielberg, les « 400 coups » à Truffaut, « Citizen Kane » à Welles.
Commentaires sur HONKYTONK MAN de Clint Eastwood (1982)
- YeahDu temps est passé depuis la fois ou j'avais posté. J'ai pu voir ce film depuis, et j'ai vraiment apprécié. Effectivement, le film est travaillé de manière très auteuriste. Un vrai sens de l'écriture, et une invitation au voyage (intérieur). Road Movie, comme pour mener à bien sa recherche du rêve et du voyage, Eastwood réalise une oeuvre intéressante. Sobre et simple.

Beaucoup apprécié en tout cas je le reverrai bien d'ici peu
- Enfants et crépusculeTu as tout à fait raison Chris.Et particulièrement sur le rapport à l'enfance.Dans ce Honkytonk man on retrouve absolument Antoine Doinel et Rosebud.J'avoue que je n'y avais pas pensé à ce point.Pour le reste on sait tous maintenant que Clint a envoyé bouler le manichéisme depuis très longtemps et puis le crépuscule est si beau chez Eastwood.Je parle du cépuscule de l'existence bien sûr dans Honkytonk man,du crépuscule du Grand Ouest dans Impitoyable,du crépuscule de l'amour dans Madison.Liste non exhaustive...

- Je viens de l'enregistrer en VHS. Je dois le regarder avec mon ami. J'aime beaucoup Eastwood réalisateur, Bird est un chef d'oeuvre, Un monde à part dans lequel Kevin Costner a un de ses meilleurs rôles. Minuit dans le jardin du bien et du mal avec un Kevin Spacey et Jude Law excellent. J'ai détesté Mystic river dans lequel Sean Penn et Tim Robbins (alors que je les aime tous les deux) cabotinent à mort. A part pour ce dernier film, Eastwood est un grand directeur d'acteurs.

- DécouverteMoi non plus je n'avais jamais entendu parler de ce film, et pourtant je suis cliente de Monsieur Eastwood !

Heureusement que tu es là Chris
Personne n'a abordé le coté comique du film, pourtant je trouve qu'il y a des situations et des dialogues très drôles dans la première partie...
Pour la musique : http://italy.imdb.com/title/tt0084088/soundtrack - Musique, filmographie & souvenirBravo pour cet article qui a le mérite de pointer le doigt sur l'un des meilleurs longs métrages de la filmographie de l'auteur, malheureusement méconnu. Puisque vous parlez de l'engagement personnel du réalisateur dans le projet (et du rôle qu'y tient son fils), il faut noter aussi qu'il s'est pleinement investi dans la composition musicale pour ce film, se laissant aller parfois à quelques brillantes interprétations guitare/voix. La bande originale est d'ailleurs encore disponible dans quelques magasins et sur internet pour les intéressés.

Pour tous ceux qui s'intéressent à la filmographie de Clint Eastwood, je me permets par ailleurs une petite publicité: je viens de publier ces trois derniers jours une trilogie d'articles consacrés à ses rapports avec le western à l'adresse suivante: http://cheminloin.blogspot.com/
Pour terminer, vous avez raison d'insister sur l'importance de la thématique de la lutte contre le temps; à ceci, je me permettrai d'en ajouter une seconde, de plus en plus visible dans ses films récents: celle du souvenir... Souvenir que laisse Red Stovall lors de la scène de clôture du film, à l'issue de l'enterrement lorsque, inopinément, le spectateur entend une voiture passer et son titre-phare retentir sur la radio de cette dernière... - réponse à iloinail y a 4 chansons interpretés par eastwood :

1)honkytonk man que l'on peut trouver chanté par merle haggard ou marty robbins.2) when i sing about you interprete par diana thornton mais je n'ai pas trouvé le CD .3)no sweeter cheaper than you interprete par garl redd-mitchell torok .4)
a peine chanté par clint eastwood et ne figurant pas sur son site je n'ai pu trouver le titre de cette 4è chanson - Quel article harmonieux ! Je trouve ton analyse particulièrement fine sur les thèmes chers à Eastwood (que je vénèèèèèèère), et qui traversent toutes ses oeuvres majeures. Honky Tonk Man me semble en faire partie. Et il y a dans ton écriture, ici, une petite musique au diapason du film... et un super honky tonk smiley qui t'accompagne bien !







