Acteur : Jean Gabin (Albert Quentin), Jean-Paul Belmondo (Gabriel Fouquet), Suzanne Flon (Suzanne), Paul Frankeur (Esnault), Noël Roquevert (Landru), Gabrielle Dorziat (Victoria), Marcelle Arnold (l'infirmière), Hella Petri (Georgina), André Dalibert (Maurice), Hélène Dieudonné (Joséphine), Anne-Marie Coffinet (Simone), Sylviane Margollé (Marie)

Synopsis cinema__20un_20singe_20en_20hivers_20encadre_20copie

Juin 1944. Albert Quentin et sa femme, Suzanne, tiennent un hôtel dans une petite station balnéaire normande. Lasse d'écouter les récits des aventures coloniales de son mari, cette dernière affiche une mine austère qui n'incite guère à la rêverie exotique. C'est la raison pour laquelle Albert ne rate pas une occasion d'aller boire un coup au bar de Georgina en compagnie de son vieil ami Esnault. Mais quand vient le jour du débarquement allié, Albert, réfugié dans sa cave, fait le serment à sa femme de ne plus jamais boire une goutte d'alcool s'ils s'en sortent... Quelques années plus tard, il tient toujours sa promesse mais il est devenu morose. Jusqu'au jour où Gabriel Fouquet, un jeune homme porté sur la bouteille, s'installe à l'hôtel....

On refait le film

Quentin et Fouquet en choeur : Tatatalalala ! Tatatalatatsoin !
Quentin : A la gloire des fusiliers marins d'Extrême-Orient !
Fouquet : A Manolete ! Tué à Linarès par le taureau Isleiro !
Quentin : Et çui-là, je le bois à mon pote Gédéon, tombé dans le traquenard de Lanson !
Fouquet : A Roselito, le plus grand de tous !
Serveuse : On a le temps, messieurs ! Si ça continue, vous allez vous saouler...
Quentin : Quand on est en perm', c'est pour ça ! (A Fouquet) Qu'est-ce que tu cherches ?
Fouquet : Claire, elle devait me prendre à la sortie des arènes...
Quentin : Mais c'est d'ta faute ! Si tu buvais plus vite, elle serait déjà là ! Les choses entraînent les choses... Le bidule crée le bidule... Y a pas de hasard ! Allez ! On rentre à la caserne.

Fouquet : Ben, permets-moi au moins de t'inviter...
Quentin : T'occupe, la Bleusaille ! J'ai touché mon arriéré de solde... Alors, hein !
Fouquet : Y t'ont payé avec un billet de train...
Quentin (déchirant un billet) : Tiens ! J'te donne l'aller, j'garde le retour... Allez, fais-en autant !
Fouquet : J'peux pas...
Quentin : T'as pas confiance ?
Fouquet : J'ai pas de billet...
Quentin : Ben, alors là, t'as tort ! Faut toujours avoir un billet... Au cas ! Tu comprends ? Au cas...

On appelle ça du Audiard, soit ce qui c’est fait de mieux avec Bertrand Blier en matière de dialogue dans le cinéma français.  Des phrases d’anthologie, du pain béni pour les comédiens.  Et dans ce « Singe en hiver », la phrase d’anthologie coule à flot, sans discontinuité, sans répit, dans l’ivresse du bon mot. 

Pour offrir de l’image au mot, Henri Verneuil, cinéaste populaire mais de haute qualité, travaillant à l’américaine dans sa façon de filmer pour l’époque, avec une mise en scène toujours très vivante et rythmée.  Verneuil, c’est aussi un cinéma de divertissement avec des scénarii en béton, des dialogues ciselés, une distribution d’enfer.  Du travail de pro quoi, avec un penchant pour les histoires viriles au grand cœur.

En matière de virilité et de travail de pro, Audiard n’est pas en reste et sa collaboration avec le cinéaste va s’avérer explosive dans ce « Singe en hiver », avec tous les ingrédients habituels connus de l’un et de l’autre, élevés au plus haut niveau, pour un résultat chef-d’œuvre.1962_Un_Singe_en_Hiver

Avec de tels monstres d’efficacité à la manœuvre, reste plus qu’à trouver les comédiens.  Et là aussi, la magie va s’opérer avec cette rencontre entre le vieux Gabin et le jeune Belmondo.  Faut dire aussi que les rôles et les dialogues sont taillés à leur mesure, mais n’empêche, c’est jamais gagné d’avance.  Et ça fonctionne immédiatement, dans une rencontre explosive où chacun fait son numéro, mais à l’écoute de l’autre, dans un grand respect mutuel et surtout de la bonne humeur communicatrice.  Gabin parlais le Audiard comme si c’était sa langue maternelle, ça on le savait, mais l’étonnement provient de Belmondo qui parvient à déclamer le Audiard avec délice.  Boum ! Un duo d’anthologie est né, avec en plus les faire-valoir que sont Flon, Frankeur et Roquevert, seconds rôles haut de gamme, qui viennent eux aussi nourrir le chef-d’œuvre de tout leur talent.

« Un singe en hiver », comme un brin de nostalgie qui se décline avec l’ivresse des mots et dans l’ivresse tout court.  Une envie d’ailleurs en permanence, un voyage à la fois triste et gai pour un lyrisme à la française, virile et tendre.  Un grand classique du septième art, immanquable !

"Nuit de chine, nuit câline, nuit d'amour..."