On r'fait le film

On r'fait le film avec une mauvaise foi pas possible.

20 avril 2007

Un singe en hiver de Henri Verneuil (1962)

Acteur : Jean Gabin (Albert Quentin), Jean-Paul Belmondo (Gabriel Fouquet), Suzanne Flon (Suzanne), Paul Frankeur (Esnault), Noël Roquevert (Landru), Gabrielle Dorziat (Victoria), Marcelle Arnold (l'infirmière), Hella Petri (Georgina), André Dalibert (Maurice), Hélène Dieudonné (Joséphine), Anne-Marie Coffinet (Simone), Sylviane Margollé (Marie)

Synopsis cinema__20un_20singe_20en_20hivers_20encadre_20copie

Juin 1944. Albert Quentin et sa femme, Suzanne, tiennent un hôtel dans une petite station balnéaire normande. Lasse d'écouter les récits des aventures coloniales de son mari, cette dernière affiche une mine austère qui n'incite guère à la rêverie exotique. C'est la raison pour laquelle Albert ne rate pas une occasion d'aller boire un coup au bar de Georgina en compagnie de son vieil ami Esnault. Mais quand vient le jour du débarquement allié, Albert, réfugié dans sa cave, fait le serment à sa femme de ne plus jamais boire une goutte d'alcool s'ils s'en sortent... Quelques années plus tard, il tient toujours sa promesse mais il est devenu morose. Jusqu'au jour où Gabriel Fouquet, un jeune homme porté sur la bouteille, s'installe à l'hôtel....

On refait le film

Quentin et Fouquet en choeur : Tatatalalala ! Tatatalatatsoin !
Quentin : A la gloire des fusiliers marins d'Extrême-Orient !
Fouquet : A Manolete ! Tué à Linarès par le taureau Isleiro !
Quentin : Et çui-là, je le bois à mon pote Gédéon, tombé dans le traquenard de Lanson !
Fouquet : A Roselito, le plus grand de tous !
Serveuse : On a le temps, messieurs ! Si ça continue, vous allez vous saouler...
Quentin : Quand on est en perm', c'est pour ça ! (A Fouquet) Qu'est-ce que tu cherches ?
Fouquet : Claire, elle devait me prendre à la sortie des arènes...
Quentin : Mais c'est d'ta faute ! Si tu buvais plus vite, elle serait déjà là ! Les choses entraînent les choses... Le bidule crée le bidule... Y a pas de hasard ! Allez ! On rentre à la caserne.

Fouquet : Ben, permets-moi au moins de t'inviter...
Quentin : T'occupe, la Bleusaille ! J'ai touché mon arriéré de solde... Alors, hein !
Fouquet : Y t'ont payé avec un billet de train...
Quentin (déchirant un billet) : Tiens ! J'te donne l'aller, j'garde le retour... Allez, fais-en autant !
Fouquet : J'peux pas...
Quentin : T'as pas confiance ?
Fouquet : J'ai pas de billet...
Quentin : Ben, alors là, t'as tort ! Faut toujours avoir un billet... Au cas ! Tu comprends ? Au cas...

On appelle ça du Audiard, soit ce qui c’est fait de mieux avec Bertrand Blier en matière de dialogue dans le cinéma français.  Des phrases d’anthologie, du pain béni pour les comédiens.  Et dans ce « Singe en hiver », la phrase d’anthologie coule à flot, sans discontinuité, sans répit, dans l’ivresse du bon mot. 

Pour offrir de l’image au mot, Henri Verneuil, cinéaste populaire mais de haute qualité, travaillant à l’américaine dans sa façon de filmer pour l’époque, avec une mise en scène toujours très vivante et rythmée.  Verneuil, c’est aussi un cinéma de divertissement avec des scénarii en béton, des dialogues ciselés, une distribution d’enfer.  Du travail de pro quoi, avec un penchant pour les histoires viriles au grand cœur.

En matière de virilité et de travail de pro, Audiard n’est pas en reste et sa collaboration avec le cinéaste va s’avérer explosive dans ce « Singe en hiver », avec tous les ingrédients habituels connus de l’un et de l’autre, élevés au plus haut niveau, pour un résultat chef-d’œuvre.1962_Un_Singe_en_Hiver

Avec de tels monstres d’efficacité à la manœuvre, reste plus qu’à trouver les comédiens.  Et là aussi, la magie va s’opérer avec cette rencontre entre le vieux Gabin et le jeune Belmondo.  Faut dire aussi que les rôles et les dialogues sont taillés à leur mesure, mais n’empêche, c’est jamais gagné d’avance.  Et ça fonctionne immédiatement, dans une rencontre explosive où chacun fait son numéro, mais à l’écoute de l’autre, dans un grand respect mutuel et surtout de la bonne humeur communicatrice.  Gabin parlais le Audiard comme si c’était sa langue maternelle, ça on le savait, mais l’étonnement provient de Belmondo qui parvient à déclamer le Audiard avec délice.  Boum ! Un duo d’anthologie est né, avec en plus les faire-valoir que sont Flon, Frankeur et Roquevert, seconds rôles haut de gamme, qui viennent eux aussi nourrir le chef-d’œuvre de tout leur talent.

« Un singe en hiver », comme un brin de nostalgie qui se décline avec l’ivresse des mots et dans l’ivresse tout court.  Une envie d’ailleurs en permanence, un voyage à la fois triste et gai pour un lyrisme à la française, virile et tendre.  Un grand classique du septième art, immanquable !

"Nuit de chine, nuit câline, nuit d'amour..."

Posté par Chrislynch2 à 07:39 - Monsieur Verneuil - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

C'est pas aux vieux singes...

De ton avis.Ca reste un très bon film qui ne dénature pas le roman.Le cinéma c'est ça aussi:des morceaux de bravoure,des mots d'auteur,des personnages bien dessinés.Trinquons ensemble si tu veux car le cinéma français excelle dans ce genre.

Posté par eeguab, 20 avril 2007 à 20:05

Eequab

Santé !

Posté par chris, 21 avril 2007 à 07:36

Nulle part Audiard

Pas vu comme tous les films écrits par Audiard.
Perso, on m'a bcp parlé de Tontons flingueurs... :D

Posté par Tim, 22 avril 2007 à 00:51

Vers l'essentiel

Un parcours d'amitié, qui mène les deux comparses de ce rêve médiocre de bonbons acidulés, vers l'essentiel, l'enfant. Un parcours qui, dans tous les chefs-d'oeuvre, passe par le Fleuve jaune...

Posté par NormaDesmond, 22 avril 2007 à 09:03

Aaaaaaaaaaaah

"Pardon madame ! La dernière fois, c'est parce que les marins de l'Empire ont voulu jouer aux cons, heureusement que nous étions là pour étouffer la rebellion dans l'oeuf ! Sans barbarie inutile d'ailleurs, n'ayant du trancher que quelques têtes."

Oui, Gabin récitant du Audiard, c'est comme boire un petit Ricard par un soleil de plomb. Sublime duo qu'il fait avec Belmondo, qu'il considérait comme son reflet quand il était plus jeune. Verneuil préfère dès lors rester dans l'ombre pour observer deux monstres sacrés du cinéma clamer les dialogues grand cru du génial Michel. Il ne se passe rien dans ce film ? Sans doute, parce que la portée est beaucoup plus grande : il ne se passe rien dans le film parce que tout se passe dans l'Histoire du cinéma où 4 génies se sont associés pour laisser une empreinte indélibile dans nos mémoires. Un chef-d'oeuvre à l'état pur pour 4 artistes en état de grâce.

Posté par Bastien, 22 avril 2007 à 15:34

...

Je crois que je ne l'ai jamais vu ! shame on me !

Posté par Hartigan, 23 avril 2007 à 16:26

Hartigan

Profite de la diffusion sur Arte alors !!! :-)

Posté par chris, 23 avril 2007 à 16:44

A consommer sans modération

Les dialogues font mouche ("L'habitude, c'est une façon de mourir sur place", qui dit mieux ?), les acteurs s'en donnent à coeur joie (Bebel peut jouer à fond la carte "outrancier", Gabin est comme toujours extra).
Un petit morceau d'anthologie, on en reprendrait bien une rasade.

Posté par Neil, 27 avril 2007 à 09:41

Heu...

Ben pas vu.... lol, j'aurai préféré m'abstenir d'un tel commentaire, mais bon.

Je note, je note... :-)

Posté par Michael, 27 avril 2007 à 10:04

Une galère

Un film que je n'ai pas aimé du tout, malgré les têtes d'affiche. J'ai trouvé cela long, ennuyeux et le sujet peu captivant. Ces deux hommes à la dérive avec leurs rêves minables, bien que très bien interprétés, n'ont pas su me séduire.Qu'est-ce que Gabin et Belmondo allaient faire dans cette galère ? Il faut dire aussi que le livre m'était tombé des mains, autant que le film des yeux. A bientôt et bravo pour l'ensemble de tes critiques toujours remarquables. ARMELLE

Posté par A.BARGUILLET, 22 août 2007 à 18:12

Evidemment que cette période nous a servi en chef d'oeuvres magistrales grace aux talents
conjugués d'Audiard , Gabin le Jean , Franqueur , Blier , du Lino aussi à l'aise dans les comédies
que dans ses rôles de truants je ne reviendrais pas sur les répliques cultes des films dialogués par Audiard ,
" 20 000 Dollars au soleil " , " les tontons flingueurs " , etc etc etc et cette évocation du mélange
du fleuve jaune et du fleuve bleu , des jonques et des maisons de macao !

Je conçois tout à fait que l'on puisse ne pas tout aimer et même ne rien aimer du tout , mais franchemment on ne peut pas se contenter de se complaire dans la facilité et le rire vulgaire de ce que que nous sert aujourd'hui les chaines publiques ou privées ! Si ? Alors vous avez la télévision que vous méritez , une télé de M... !

Posté par colleman, 03 septembre 2007 à 17:52

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