Avec Al Pacino, John Cazale, Charles Durning, James Broderick, Beulah Garrick, Chris Sarandon, Sully Boyar, Sandra Kazan, Penelope Allen, Marcia Jean Kurtz, ...

Synopsis animation_apr_s_midi

Ce braquage aurait dû se faire en 10 minutes. 4 heures plus tard, la banque était devenu un véritable cirque. 8 heures plus tard, c'était l'événement le plus regardé à la télévision. 12 heures plus tard, tout cela faisait partie de l'Histoire... L'histoire vraie d'un homme qui tente un hold-up pour payer une opération à sa petite amie et se retrouve à la tête de la prise d'otage médiatisée à outrance...

041215On r’fait le film

Le film démarre par un panneau noir et un message : « Ce que vous allez voir est vrai.  Ca c’est passé à Brooklyn le 22 août 1972 ».  Bienvenue dans le ciné-réalité.  Le générique qui s’en suit nous offre une petite carte postale de la région qui semble vouloir coller au plus près du quotidien de la population rurale. On aperçoit un chien faire les poubelles, des trottoirs et la vie tout autour, une piscine sur un toit, des ouvriers, une plage, un marché, etc.  Bref tout un microcosme en marche un beau jour d’été.  Un générique qui vient appuyer le message du début pour emmener le spectateur dans l’idée du fait réel…. Ca c’est passé pendant que vous viviez ! Dès le moment où l’on aperçoit Al Pacino, John Cazale dans une voiture, s’établit un transfert partant d’une vision de la réalité à celle d’une fiction, tout en gardant bien à l’esprit le caractère d’authenticité ce que l’on est en train de voir. 

Un premier gros plan sur la tête inquiète de Pacino semble vouloir indiquer que quelque chose de malsain est en 200px_Dog_Day_Afternoonpréparation.  Cazale qui braque un banquier nous confirme ce sentiment.  Mais lorsque le troisième complice, Stevie (Gary Springer) s’approche de Pacino et lui demande de viser moins gros, on se retrouve plonger dans l’univers du petit truand paumé, désorganisé, du looser en puissance que l’on avait pu voir dans le « Mean streets » de Scorsese par exemple.  Il faut à peine quelques minutes pour que toute l’opération vole en éclat.  Stevie laisse rapidement ses deux comparses en plan pendant que le pauvre Sonny (Pacino) ne sait plus où donner de la tête.  Il commence à appeler tout le monde par son prénom, et tout cela à visage découvert bien sûr ! On se retrouve plonger dans le grotesque, le ridicule, presque marrant lorsque Sonny insiste pour que Stevie lui remette les clés de voiture avant de s’en aller.  Ce qui devait se dérouler en quelques secondes traîne en longueur, pendant que Sonny lui, de plus en plus désemparé, marche à visage découvert… (« Je suis catholique, je ne veux de mal à personne »).  Voilà de quoi rassurer son entourage qui comprend rapidement à qui ils ont à faire.  La gérante par exemple, qui demande à Sonny de surveiller son langage devant les employés, illustre bien l’état de confiance qui renaît rapidement au sein du groupe de banquiers.  Oui, Sonny ne fait plus peur à personne.  Il vit sa journée noire ou plutôt son après-midi de chien !

Rien ne va plus ! Les flics l’ont piégé et se retrouvent, armés jusqu’au dent, autour de la banque (Sonny : « Ce salaud de Jack m’a filé un tuyau crevé »).  La population curieuse se met à envahir le quartier pour assister aux premières loges du fait divers.  On se retrouve avec cette population que l’on avait quittée après le générique et l’idée du document réel - « Ca c’est passé à Brooklyn le 22 août 1972 » - refait surface.  Maintenant, le réel rejoint la fiction…  L’action va dorénavant se dérouler avec d’un côté les événements de la banque, de l’autre vision des flics qui se trouve de l’autre côté de la rue.  Et au milieu, cette rue où vont s’affronter les personnages devant la population « réelle » de curieux.  « Cette rue » va jouer un rôle prépondérant dans la structure du récit.  Non seulement elle rappelle sans cesse le côté « document authentique », mais elle va être le théâtre de l’interaction avec tous les personnages.  Elle va rapidement jouer le rôle de symbole d’une certaine Amérique qui perd.  La rue, l’endroit des petites gens qui ne parviennent pas à joindre les deux bouts ou encore cette Amérique où il est difficile de vivre sa différence, homosexuelle par exemple : une des raisons du braquage dans la tête de Sonny, c’est le financement de l’opération de changement de sexe de son petit ami.  Petit à petit, le film se met dans la peau d’un cinéma social et engagé comme on avait déjà pu le voir dans « Macadam Cowboy » de John Schlesinger en 1969 ou encore dans « L’épouventail » de Jerry Schatberg en 1973 avec le même Pacino.   Social et engagé, oui, mais qui n’oublie pas l’humanité, l’action, le rythme et même la légèreté.  C’est sans doute grâce à ces nombreuses qualités que le film connaît encore un grand succès aujourd’hui.

ApresMidi_de_chien1Ne pas oublier non plus l’apport des comédiens, qui assurent un maximum.  Pacino dans une de ses meilleures prestations.  Il n’est jamais aussi bon que lorsqu’il est soumis à un état de faiblesse (« Donnie Brasco »). Son pétage de plomb dans la rue lorsqu’il hurle « Attica ! » restera dans l’Histoire du septième art, c’est sûr.  Avec l’excellent Cazale à ses côtés, on se souvient avec bonheur de leur confrontation magique dans « Le Parrain ».  Cazale ne dit presque rien, on le voit finalement peu, mais chacune de ses interventions fait mouche, le comédien s’investissant de manière profonde dans ce qu’il entreprend.  Ici, il interprète son personnage de Sal, au bord de la folie, prêt à déraper à tout moment.  Il est déconcertant lorsque Pacino lui demande dans quel pays il voudrait aller et qu’il répond « le Wyoming »… Inquiétant lorsqu’il indique qu’il est prêt à jeter les cadavres un par un dans la rue.  Touchant lorsqu’il dit qu’il ne retournera plus jamais en prison.  Oui, Cazale immense, sans doute un des loosers les plus brillants du septième art.  On poursuit avec Charles Durning dans la peau du sergent Moretti.  On sait qu’il peut tout jouer ou presque.  Il campe son personnage de façon très crédible, entre faiblesse et force, sachant à peine maîtriser le cours des événements.  Il offre à voir un flic à visage humain en osmose avec le ton humain proposé par le scénario.   Enfin, James Broderick en flic du F.B.I.  Comme Cazale, on le verra peu et il ne dira presque rien.  Son personnage, au contraire des autres, semble totalement dans la maîtrise.  Broderick réussit à faire peur tant il semble dans ce self-contrôle, quasi inhumain.  Bref un magnifique casting pour jouer des personnages subtilement écrits, le tout admirablement dirigé par la baguette magique de Sidney Lumet.