Avec Tom Cruise (Lestat de Lioncourt), Brad Pitt (Louis de Pointe du Lac), Stephen Rea (Santiago), Kirsten Dunst (Claudia), Christian Slater (Daniel Malloy), Antonio Banderas (Armand), Thandie Newton (Yvette), Domiziana Giordano (Madeleine), Laure Marsac, John McConnell, Bellina Logan, Helen McCrory

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Dans un appartement de San Francisco, le vampire Louis de Pointe du Lac raconte sa longue existence à Daniel Malloy, un reporter : en 1791, à La Nouvelle-Orléans, ce jeune et riche planteur de Louisiane avait sombré dans le désespoir après la mort de sa femme. Il avait entrepris de mettre fin à ses jours lorsqu'un étrange personnage, Lestat, vampire cruel et raffiné, lui proposa d'en finir plutôt avec la mort. Ayant accepté de recevoir la vie éternelle, Louis avait alors été mordu et transformé en vampire. Mais Louis s'était vite révélé bien différent de son cynique mentor, éprouvant de terribles scrupules à s'abreuver de sang humain...

NJordan_HG031485_150x200On r'fait le film

Une adaptation cinématographique très proche du roman du même nom.  Normal, puisque la romancière Anne Rice réécrit elle-même ce transfert vers le cinéma.  La réussite du film lui doit beaucoup tant la romancière propose une vision du thème du vampire très intelligente, nuancée, et surtout… extraordinairement humaine. 

La volonté d’humaniser le monstre constitue l’essentiel de l’état d’esprit du récit, qui commence d’ailleurs par un humain, Louis/Brad Pitt, ne possédant plus aucun goût pour la vie, et qui en quelque sorte, invite la mort à entrer en lui.  Le fait même que Lestat/Cruise réponde à cette invitation peut s’interpréter comme un suicide déguisé de l’être humain avec la malédiction qui s’en suivra.  Ainsi, on peut lire cet entretien avec un vampire comme une critique presque biblique de l’acte du suicide.  Louis ne se remettra d’ailleurs jamais du transfert symbolique de la vie vers cette mort inhumaine. 

Dans le récit, l’humanité se trouve aussi dans le refus inné de Louis de prendre le sang de ses anciens congénères, pour ne pas sombrer dans ce qui fait penser à du cannibalisme, acte sauvage dont l’être humain s’est débarrassé il y a longtemps pour monter d’un cran dans l’humanité de sa nature.

L’exercice d’humanisation continue avec ce couple de vampires qui adopte un enfant.  On peut voir Lestat comme un père fondateur, Louis comme une mère et Claudia/Kirsten Dunst, comme leur fille.  Un trio de vampires qui fonctionne de la même manière, avec les mêmes instincts qu’un couple ordinaire d’êtres humains.

On peut lire également dans le couple Louis/ Lestat, une relation homosexuelle, qui elle aussi s’ajoute aux nombreuses déviances humaines proposées par ce récit.  Des déviances perçues d’un certain point de vue, presque moralisateur et chrétien de la société : le suicide, le cannibalisme, l’homosexualité.  Bien sûr, l’écriture est tellement nuancée qu’il ne s’agit-là que d’une interprétation possible, mais cohérente. A noter par ailleurs, que justement ni Dieu ni le diable ne sont invités dans ce récit et une autre lecture plus directe consiste à voir cette œuvre comme une lutte de vampires qui font tout pour échapper à leur humanité uniquement pour survivre.  Comme le dit, Armand/Antonio Banderas, autre vampire : « être un vampire veut dire être puissant, beau et sans regret ».  Sans regret… Mais qu’on lise le récit dans un sens ou dans l’autre, c’est la notion d’humanité qui règne en maître dans cette narration.

Ce qui caractérise encore ce travail d’écriture, c’est la liberté avec laquelle Anne Rice se joue du matériel de base vampirique issu de Bram Stoker.  Les adaptations cinématographiques de vampires ont connu de très nombreuses versions mais qui dans le fond se ressemblaient toutes, assez étriquées voire simplistes.  De ces versions, le résultat final le plus avancé et nuancé était sans doute le « Dracula » de Coppola.   Avec la vision de Anne Rice, les conventions « Bram Stoker » vont voler en mille morceaux.  Etonnant par exemple, la mémoire que la romancière laisse à son vampire.  La mémoire du passé, de son âme, de la vie humaine.  Une mémoire permettant l’introspection et la réflexion.  Dans les autres versions, les vampires entretenaient avec les êtres humains quasi exclusivement une relation chasseurs/proies.  Ici la relation des vampires se déroule quasiment entre eux !

La mise en scène de Neil Jordan s’adapte parfaitement à l’univers de Anne Rice.  On le savait déjà doué pour l’univers fantastique puisqu’il a avait parfaitement maîtrisé la magnifique « Compagnie des loups ».  Le l1000ien entre « Entretien avec un vampire » et « La compagnie des loups » paraît évident, dans un esthétisme de l’image très poussé, nuancé et magnifiquement illustré par ces ambiances de nuits glauques. 

Neil Jordan qui n’oublie pas les pères fondateurs, littéraires ou cinématographiques, dans une séquence où Louis découvre pour la première fois la lumière du soleil dans une salle obscure de cinéma projetant « Nosferatu » ou « Superman ».

Neil Jordan, grand directeur d’acteurs également, avec tout d’abord Tom Cruise, méconnaissable en dandy décadent, brisant complètement son image de poseur pour midinettes.  Brad Pitt, également étonnant en héros romantique tourmenté. Mais surtout, Kirsten Dunst, extraordinaire découverte pour le cinéma, extrêmement mature pour son jeune âge.  Elle éblouit l’écran de tout son talent !

Impossible de continuer à voir des films de vampires sans avoir vu celui-là ! Bien plus qu’un film de vampire, il s’agit d’une œuvre qui réfléchit sur les notions fondamentales de vie et de mort, avec entre les deux, un lien de culpabilité.