Avec Orson Welles, Loretta Young, Edward G. Robinson, Philip Merivale, Richard Long, Konstantin Shayne, Byron Keith, Billy House, Martha Wentworth

Synopsis animation_criminel

Chargé de retrouver les criminels de guerre allemands, l'inspecteur de police Wilson fait relâcher Conrad Meinike, un ancien chef de camp d'extermination, pour que ce dernier le conduise jusqu'à son ancien supérieur, Franz Kindler. Celui-ci vit désormais sous le nom de Charles Rankin et enseigne à Harper, petit village des Etats-Unis. Meinike reprend contact avec lui le jour de son mariage avec Mary, la fille du juge Longstreet.

On r’fait le film

Welles, l’exemple lumineux de la face sombre d’Hollywood, offrant aux cinéphiles et aux historiens du cinéma de quoi écrire des pages des pages de réflexion sur le cinéma en tant qu’art.  En Amérique, l’art ne se conjugue qu’au verbe commercer.  Et Welles, le plus artiste d’entre tous, va payer extrêmement cher son incompréhension du système.  Pourtant, « Le criminel » représente la tentative de Welles de se fondre dans ce mécanisme sans âme.  Du point de vue Hollywoodien, l’historique de Welles n’est pas bien brillant : « Citizen Kane », boudé par le public, « La splendeur des Amberson », remonté par quelqu’un d’autre, « It’s all true », au tournage inachevé ! Alors que Welles espère encore, Hollywood a compris depuis longtemps que le bonhomme n’était pas fait pour lui.  Cinq ans à peine après « Citizen Kane », Welles se plie et accepte un film de commande, pour prouver qu’il est capable de se fondre dans le formatage aseptisé Hollywoodien.  Rien n’y fait, après les 43 minutes perdues dans « La splendeur des Amberson », c’est autour du « Criminel » d’en subir le même sort, avec ici 20 minutes d’amputation.   Sur la case « Welles », Hollywood y a inscrit « Proscrit ».  Welles, extrêmement vexé, renie immédiatement le film : "Ce film ne m'intéresse absolument pas, mais j'ai essayé de le faire de mon mieux... De tous mes films, c'est celui dont je suis le moins l'auteur." 

jhgggyiEt pourtant, malgré un scénario assez insipide, Welles parvient dès les premières secondes à insuffler de la vie dans l’image.  On assiste à une maestria de mise en scène, une leçon de cinéma, dans de sublimes plans-séquences ultra rythmés, quasi sans dialogue, le tout mariné d’un travail magnifique sur les ombres et lumières.   Et puis patatras, on passe du merveilleux à l’insipide, au moment de la rencontre entre Welles et Edward G. Robinson, au travers d’une narration qui prend petit à petit une forme classique désespérante.   Le récit prend le pas sur la mise en scène, le génie visuel de Welles fondant comme neige au soleil devant les supplications académiques de l’iceberg Hollywood.  Il faudra attendre la dernière séquence du film pour retrouver toute la magie visuelle de Welles.

Faute d’être un grand film, « Le criminel » reste un merveilleux trésor de guerre pour cinéphile et historiens du septième art.  Un document vivant témoignant de l’association impossible entre le génie créatif et le point de vue commercial Hollywoodien.  Une œuvre ouvrant la porte aux chefs-d’œuvre de « Sunset Boulevard » et « Mulholland drive », qui eux, établiront domicile dans l’antre du mal.