Avec Julie Harris, Claire Bloom, Richard Johnson, Russ Tamblyn, Lois Maxwell

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Mal dans sa peau et dans sa vie, Eleanore Lance (Julie Harris) accepte l'invitation du Dr John Markway (Richard Johnson), qui mène des recherches sur les maisons hantées : il vient d'obtenir l'autorisation de séjourner dans Hill House. Cette maison, construite 90 ans plus tôt, a vu se dérouler depuis de nombreux décès inexpliqués. Markway a donc convié trois témoins à le rejoindre : d'un côté Luke Sanderson (Russ Tamblyn), un jeune homme profondément matérialiste, puis Theodora (une médium jouée par Claire Bloom) et Eleanore, le couple féminin qui, selon Markway, sert de "capteur" des phénomènes psychiques. Les deux jeunes femmes, que tout oppose, nouent rapidement une relation dans laquelle se mêle haine et forte amitié.

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Robert Wise : " Deux choses m’ont particulièrement intéressées dans la réalisation de La maison du diable : le développement des rapports d’amitié assez étranges et troubles entre Claire Bloom et Julie Harris (…) et l’utilisation de la bande son comme élément dramatique du film. A aucun moment je ne montre un fantôme ou un esprit. Rien n’est matérialisé. Tout est dans l’imagination des personnages et dans la bande-son. Normalement, quand on tourne une scène, on indique oralement aux acteurs le type de son qu’on entendra dans la version finale. Eh bien, pour le tournage de « La maison du diable », pendant que l’on tournait, je faisais passer le morceau de bande-son correspondant à la scène de la prise. J’ai toujours considéré le son comme un élément dramatique de première importance mais je n’avais jamais eu la possibilité de l’utiliser à fond comme je l’ai fait dans ce cas précis."

« La maison du diable » se situe dans la mouvance Hitchcockienne au début des années 60 qui travaille sur une notion de terreur suggérée, avec des bombes cinématographiques telles que « Psychose » en 1960 et « Les oiseaux » 1963.  On sent Wise totalement influencé par la puissance de suggestion du Maître anglais.  L’idée de demeure cauchemardesque fait tout de suite référence à celle de Norman Bates dans « Psychose » dont Wise reprendra d’ailleurs quelques éléments de la trame narrative (La fuite en voiture).  Les images vertigineuses de l’escalier en colimaçon rappellent bien sûr « Vertigo ».  Et dans le fond et dans la forme, tout célèbre et commémore la manière de fonctionner d’Alfred Hitchcock.  Dès lors, l’idée de plagiat n’est pas loin.  Et pourtant, presque magiquement, il n’en sera rien, Wise réussissant le tour de force de proposer une œuvre authentique, véhiculant ses propres valeurs.  Il s’agit là presque de la marque de fabrique de Wise, associant un manque de personnalité à une puissance inouïe de réalisation.  Wise, un génie sans âme, sans direction précise, qui va l’amener à devenir un des plus grands « touche à tout » du septième art, intégrant ainsi parfaitement la vision Hollywoodienne de l’époque qui préféraient les réalisateurs aux artistes  (Hollywood a choisi ouvertement Wise à Welles pour la version définitive  de « La splendeur des Amberson »), la soumission au service d’un projet et non d’un égocentrisme créateur.  Presque vingt ans plus tôt, Wise s’était déjà introduit dans le genre fantastique avec « La malédiction des hommes-chats », suite de « La féline » de Jacques Tourneur, démonstration de la tendance du cinéaste pour le copié/collé.  Il réalisera également pour le compte du genre fantastique « The Body snatcher » (Le récupérateur de cadavres) avec Boris Karloff et Bela Lugosi, avant de s’aventurer dans la multitude de genres, alliant le pire et le meilleur.b4858b15d8e9eb76effda4625c6cf26a

« A aucun moment je ne montre un fantôme ou un esprit. Rien n’est matérialisé. Tout est dans l’imagination »

Wise va donner haute primeur à la suggestion. Il suffit de lire le slogan sur l’affiche pour comprendre l’orientation du metteur en scène : « Vous pouvez ne pas croire aux fantômes, mais vous ne pouvez renier la terreur ».   Effectivement, on ne verra aucune monstruosité se concrétiser sur un quelconque plan, la terreur se jouant hors champs, prouvant que l’autosuggestion permet le mieux de faire parvenir l’angoisse dans l’esprit du spectateur.  Rappelons que « La féline » de Tourneur, dont Wise réalisa la suite, jouait de cette même capacité de suggestion narrative.  Ce qui est extraordinaire dans « La maison du diable » se situe dans l’analogie suggestive entre la forme et le fond.  Car le thème du monde paranormal va se retrouver crédibiliser au sein même du récit qui n’offre aucune prise à « l’impossible ».  Aucune concrétisation paranormale dans le récit ou dans la mise en scène.  Le doute est en permanence utilisé au sein même des personnages qui « croient » et qui « ne croient pas ».  Tout ce qui peut faire penser à une objectivation paranormale se situe dans la tête des personnages, par le biais de la voix off, la mise en scène très suggestive de Wise s’occupant de nourrir l’imaginaire de l’irréel. Eleanor (Julie Harris) imagine-t-elle ce qui lui arrive ou y a-t-il vraiment des forces supérieures qui contrôlent la demeure ? En réalité, il n’existe pas la moindre parcelle d’élément véritablement fantastique dans la narration, Wise jouant à fond la carte de l’ambiguïté qui était déjà fortement suggérée dans le livre « The haunting of Hill House », écrit par la romancière Shirley Jackson et dont est tiré le scénario. 

« J’ai toujours considéré le son comme un élément dramatique de première importance… »

Pour jouer encore davantage sur l’imaginaire angoissant, Wise va proposer un travail remarquable sur la bande-son, offrant une véritable panoplie de possibilités narratives sonores hautement terrifiantes. Puisqu’on ne montre pas, on va donner à entendre, Wise atteignant le paroxysme de terreur par ce biais : bruissements, crissements, gémissements, chuchotements, murmures, cris, tout y passe, comme autant de possibilité d’amener le sentiment d’effroi dans l’esprit du spectateur.   Le son, acteur primordial de cette mise en scène remarquable, offrant une gamme de possibilités suggestives tout en incarnant à lui seul la mémoire collective de la maison « hantée », véritable écho des drames qui se sont joués dans ce lieu maléfique.  Un véritable travail d’orfèvre en la matière, dans un souci permanent d’épure et d’efficacité mélangées, offrant sans doute ce qui s’est fait de mieux en la matière dans le septième art.   

« … le développement des rapports d’amitié assez étranges et troubles entre Claire Bloom et Julie Harris ».

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Dans toutes les grandes œuvres cinématographiques existe un travail approfondi sur les personnages. « La maison du diable », là aussi, va proposer un cadre narratif remarquable : quatre personnages de base, accompagnés par la suite par un cinquième.  Le quatuor de départ, composé de deux femmes et de deux hommes invite au sentiment d’épure au sein d’une construction minimaliste.  Chacun d’entre eux incarnent ce que les trois autres ne sont pas, proposant ainsi en permanence un espace d’antithèse à la thèse, le tout et son contraire.  Celui qui croit se verra contrarié par celui qui ne croit pas, celui qui voit ou entend, malmené par un personnage opaque à ses sens.  Qui croire ? Impossible de le savoir, le scénario ne choisissant jamais son camp, pour amener encore et toujours de l’eau au moulin de l’équivoque et du double sens.  La relation entre les deux filles, Claire Bloom et Julie Harris – magnifiques dans leur interprétation – fait penser au travail de Bergman et des ses espaces dramatiques hautement psychanalysés.   C’est d’ailleurs beaucoup ça « La maison du diable » : un mélange trouble de psychanalyse et de fantastique, qui ne choisit jamais son camps, à effets nettement explosifs.  Psychanalyse et fantastique…. nous voilà de retour sur la case de départ Hitchcockienne….

« La maison du diable », véritable « Citizen Kane » en matière de maison hantée au cinéma.  Le film n’a jamais été dépassé en qualité.  Même Kubrick et son « Shining » n’y ont pas réussi.  Ce chef-d’œuvre absolu a tout de même fait des petits tout a fait recommandables : « L’exorciste », « Le sixième sens », et surtout « L’emprise ».