Avec Francis Ng, Louis Koo, Stephanie Lam, Michelle Mok, Joe Lee, Lan Law

Synopsis animation_bullets

Alors qu'un gang tue des flics, des gardes et des invités lors d'un mariage, dans un bain de sang, deux flics sont désignés pour faire l'enquête. Ils vont chercher un appartement en face de celui d'un des suspects que leur informateur leur a indiqué. Il se trouve que l'appartement qu'ils choisissent est celui d'une vieille grand-mère. Sénile, elle les prend pour des membres de sa famille et les appelle Mike et Brian. Une fois dans l'appartement, « Brian » drague une écolière un peu punk sur les bords et « Mike », orphelin, essaie de trouver le confort d'une famille avec une femme enceinte, propriétaire d'une laverie. Mais il se rend vite compte qu'il est atteint du syndrome de Huntington...

wilson_yip_wai_shunOn r’fait le film

Le récit commence par une réaction en voix off : “Il faut dormir huit heures par jour, limiter les cigarettes et l’alcool, éviter les vagabondages sexuels, traverser au vert, au cinéma éteindre son portable.  Mais la vie ne fonctionne pas comme ça… ».  De cette manière, le cinéaste offre une réaction aux modes de fonctionnement de son époque.  Outre le chef-d’œuvre de Danny Boyle à qui le film fait ouvertement référence dans son accroche, on a pu percevoir cette même envie de faire écho au mœurs de son temps dans des œuvres majeures telles que « Fight Club » de David Fincher ou « American beauty » de Sam Mendes.     Le fait même de suivre les traces de ces mastodontes cinématographiques indique toute l’ambition du cinéaste de « Bullets over summer ».

Wilson Yip : « J’aime filmer des courses qui procurent de belles sensations.  Lorsqu’on filme de face un individu dans une course, le fond du décor disparaît vers le point d’horizon à l’arrière.  Quand le sujet est filmé de profil, les poteaux du fond défilent vers l’arrière.  Mais lorsqu’une certaine vitesse est atteinte, les poteaux semblent basculer vers l’avant, à cause de l’effet d’optique.  La scène prête à réflexion.  Le héros court-il devant lui ou vers l’arrière ?   Le film pose une problématique.  Doit-on agir ou non ? Et de quelle manière ? En fait, il n’y a pas d’obligation.  Tout dépend de l’angle avec lequel on regarde les choses ».

Là aussi, Wilson Yip va sillonner sur les terres des anciens en investissant le champ du travail sur le point du point de vue, dont le cinéma asiatique raffole depuis la nuit des temps.  Rappelons-nous par exemple « Rashomon » de Kurosawa ou la mise en perspective des événements constituait la colonne vertébrale de la narration.   « Bullets over summer » va proposer cette mise en perspective de manière tout à fait originale : on assiste ainsi au début du film à des scènes d'action plutôt classique, puis la trame bascule rapidement dans un drame délirant, avant de s'achever finalement comme elle avait commencé.  Wilson Yip ne s’en cache pas, il aimerait associer le cinéma d’auteur au succès.  C’est vraisemblablement dans cette optique que le cinéaste commence et termine son film de manière conventionnelle.  C’est donc surtout dans sa partie centrale que la narration va trouver toute son audace, au moment où le récit va prétexter un planque des deux flics pour amener son spectateur vers tout autre chose.   Le cinéaste aime  diverger : « Pour réaliser « Bullets over summer », je n’ai obéi à aucune règle.  Je suis très rebelle.  Je nage à contre courant ».  Cette longue séquence centrale, pour le moins délirante, prête à diverses possibilités d’interprétation.  Elle peut être lue comme une réaction au réalisme proposé dans la première partie.  Elle peut être vue comme une parenthèse hors réalisme exprimant les aspirations profondes de l’artiste.  Une séquence comme un rêve éveillé…8218

Wilson Yip : « Si les gens attendent de moi un film d’action, je réalise un film familial.  En fait, je veux parler de relations humaines, de famille dans mes films, je trouve que ce sont des sujets importants.  Les valeurs familiales et les émotions humaines sont les sujets que je veux évoquer dans mon travail. Peut-être parce que mon père est mort quand j’avais 16 ans. J’aime le sentiment d’avoir une famille proche, j’apprécie aussi l’amitié. Une famille peut disparaître soudainement, surtout quand on ne s’y attend pas. Je n’ai pas réalisé l’impact que ça avait eu sur moi et mes films mais j’en suis plus conscient maintenant ».

Le thème de la famille, lui aussi issu d’une longue tradition cinématographique allant de Howard Hawks à Wes Anderson, va nourrir le cœur de la narration.  On démarre avec deux flics qui vont petit à petit former une grande famille, avec une grand-mère, des compagnes, des enfants.  Les personnages, tous solitaires au départ, finissent par se rapprocher les uns des autres pour construire un environnement familial.  Quand le cinéma permet à l’artiste de combler un manque évident et de le sublimer par la magie du septième art.

Encore un film de plus qui enrichit merveilleusement le label en or « made in Hong-Kong ».   Wilson Yip aura su, comme il le voulait, mêler le divertissement et cinéma d’auteur en associant ses propres thèmes fondamentaux aux scènes d’action rondement menées.