Avec Vittorio Gassman (Fausto), Alessandro Momo (Ciccio), Agostina Belli (Sara), Moira Orfei (Mirka), Franco Ricci (Raffaele), Elena Varonese (Michelina), Stefania Spugnini (Candida), Lorenzo Piani (Don Carlo), Sergio Di Pinto (ordonnance)

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Fausto, capitaine de cavalerie et grand amateur de femmes, a perdu la vue au cours de manœuvres. Il refuse son infirmité et dissimule son amertume sous une agressivité permanente. Le jeune Giovanni, chargé de l'accompagner en voyage, est fasciné par cet aveugle qui devine la présence des femmes grâce au parfum qu'elles dégagent. A Naples, Fausto loge chez Vincenzo, aveugle également. Sara, la fille de la restauratrice qui prépare leurs repas, est depuis longtemps amoureuse de lui.

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Au sein du cinéma italien, les années 70 vont symboliser à la fois l’âge d’or de « la comédie à l’italienne » et la fin de règne.  Car ce style extraordinairement original, italien jusqu’à la mœlle, est intimement lié à une génération de cinéastes : Moniccelli, Scola, Comencini et Risi.  Le genre est né avec eux à la fin des années 50.  Il va mourir avec eux.  Dans cette fin de règne, ces dinosaures, bénéficiant d’une grosse expérience et d’une maturité à tout rompre, vont offrir au cinéma italien ses plus belles lettres de noblesse. La comédie à l’italienne, dépassant en permanence les limites du bon goût,  offre une observation cruelle et pathétique de sa société  avec un second degré et un cynisme décapant.  La comédie à l’italienne et cette façon incroyable de conjuguer scepticisme et optimisme sur un même plan d’égalité.Parfum_femme_aff

« Parfum de femme » est un parfait exemple de cette illumination du genre où satire, parodie et analyse de société se mêlent étroitement.   Dino Risi va de plus imprégner son film de son univers propre.  On connaissait déjà son penchant pour la difformité : « Les monstres », « Une poule, un train et quelques monstres ».  Après « Parfum de femme », il y aura aussi « Ames perdues », « Les nouveaux monstres », « Fantôme d’amour ».  Il ne s’en cache pas : "La normalité n'est pas spectaculaire".  Fausto, personnage central, est aveugle, mais n’en demeure pas moins lucide sur son état qu’il considère comme épave humaine.  Il erre d’abord dans la solitude (Gassman : « Ce n’est pas une histoire de cécité, mais de solitude") avant de quitter le monde des hommes pour basculer dans la bestialité.  Il ne voit plus, il sent.  Il n’aime plus, il jouit.  On retrouve là encore une caractéristique du cinéaste italien qui affectionne les trajectoires de personnages, sans demi-mesure, menant leur folie obsessionnelle jusqu’à terme.  Fausto, mi-homme, mi-monstre, décide d’accomplir ce qu’il croit être son dernier voyage sur la terre des hommes.  Comme une bête déchaînée (il se considère comme un lion), il va pénétrer la jouissance de toute part avant de tirer sa révérence (« Le sexe, les cuisses, deux belles fesses : voilà la seule religion, la seule idée politique, la vraie patrie de l’homme »).  Alcool et femmes légères sont ses derniers compagnons de route, avec tout de même une réelle préoccupation pour le destin de son âme (un prêtre indique à Fausto que son âme est déjà sauvée puisqu’il a déjà payé le prix d’être aveugle).  Risi nous emmène dans son funeste road-movie pour atterrir dans sa ville natale, Naples.  Au passage, on se sera arrêté à Rome que Risi ne manque pas d’égratigner (Fausto n’aime pas cette ville).  Il est vrai que le cinéma italien a couvert d’or la capitale italienne avec Fellini et Scola.  Et Risi de tenter de remédier à ce qui apparaît comme un léger complexe d’infériorité.  Naples, que le cinéaste ne manque pas d’égratigner non plus (« La ville africaine la plus au nord »), et que Fausto connaît comme sa poche.  Même aveugle, il sait à tout moment près de quel bâtiment il se trouve.   Comme beaucoup de grands cinéastes, Risi recherche l’authenticité en offrant sa perception de ce qu’il connaît le mieux : sa ville. 

On le voit, « Parfum de femme » réunit la maîtrise totale du genre qu’il revendique tout en offrant l’image d’un voyage introspectif.  Une première partie, plutôt légère.  La seconde plus sombre et dramatique.   Un superbe travail d’équilibriste entre lumière et obscurité, réalisé par un cinéaste au sommet de sa maturité artistique. 

Il faut souligner le travail magistral de Vittorio Gassman, lui aussi au sommet de son art de comédien.  Puissance et authenticité au menu de cette interprétation hors du commun pour un acteur surdoué.

A noter également l’insipide remake fait aux Etats-Unis avec « Le temps d’un week-end » réalisé par Martin Brest avec Pacino.