Avec : F. Murray Abraham, Tom Hulce, Elizabeth Berridge, Simon Callow, Roy Dotrice, Christine Ebersole, Jeffrey Jones, Charles Kay, Kenny Baker, Lisabeth Bartlett, Barbara Bryne, Martin Cavina, Roderick Cook, Milan Demjanenko,

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A Vienne, en novembre 1823. Au coeur de la nuit, un vieil homme égaré clame cette étonnante confession : "Pardonne, Mozart, pardonne à ton assassin !" Ce fantôme, c'est Antonio Salieri, jadis musicien réputé et compositeur officiel de la Cour. Dès l'enfance, il s'était voué tout entier au service de Dieu, s'engageant à le célébrer par sa musique, au prix d'un incessant labeur. Pour prix de ses sacrifices innombrables, il réclamait la gloire éternelle. Son talent, reconnu par l'empereur mélomane Joseph II, valut durant quelques années à Salieri les plus hautes distinctions. Mais, en 1781, un jeune homme arrive à Vienne, précédé d'une flatteuse réputation. Wolfgang Amadeus Mozart est devenu le plus grand compositeur du siècle. Réalisant la menace que représente pour lui ce surdoué arrogant dont il admire le profond génie, Salieri tente de l'évincer.

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Il s'agit de l'adaptation de la pièce de théâtre de Peter Shaffer qui porte le même nom.  Dans sa pièce, Shaffer prend le parti prix de ne pas se focaliser sur l'aspect biographique de Mozart.  Il s'intéresse davantage à la relation entretenue avec Salieri sur une période qui s'étend sur dix ans, de l'arrivée de Mozart à Vienne jusqu'à sa mort.  Shaffer qui prend également des libertés avec l'Histoire en reliant Salieri avec le mystérieux inconnu qui commande le Requiem.

Cette liberté historique, Shaffer l'intègre subtilement et sournoisement dans son récit par le biais d'une confession.  En effet, qui a été témoin de la confession de Salieri avec le prêtre ? Y a t'il seulement confession ? Rien n'est moins sûr.  Une subtilité extrêmement puissante puisque cette confession recouvre l'entièreté de la narration, Amadeus étant à 99% le fruit du témoignage de Salieri au prêtre.  Une confession qui se nourrit davantage d'un imaginaire maladif plutôt que d'une quelconque authenticité historique, et qui offre paradoxalement toute une logique et une crédibilité de narration. Une confession à un prêtre pour intégrer la notion du religieux dans le récit.  Salieri se sent trahi par Dieu et transforme sa haine envers Mozart en un combat avec Dieu. Aux yeux de Salieri, Mozart n'est qu'une enveloppe médiocre et vulgaire à qui Dieu a offert sa musique divine et d'en déduire alors que les hommes ne naissent pas égaux devant Dieu.  Bien au-delà de la relation entre Mozart et Salieri, le récit de Shaffer offre le spectacle plus universel d'une relation pour le moins crispée entre l'homme et le Divin.f_murray_abraham

Milos Forman tombe amoureux du récit créé par Peter Shaffer et lui propose de s'associer à l'adaptation cinématographique.  Ce récit est l'occasion pour Forman de dépasser la simple illustration autobiographique et musicale en établissant une profonde connexion entre la musique et le drame essentiel qui se joue dans le film.  L'apport de Forman dans le récit se concrétise par la venue d'un nouveau personnage qui va se joindre aux côtés de Salieri et Mozart : la musique.  La musique de Mozart comme véritable entité dramatique et non plus comme simple illustration.  L'occasion également d'intégrer une notion récurrente dans le travail du réalisateur tchèque, celle de l'éclat et de la chute des jeunes génies incompris de leur histoire.  La mise en scène de personnages doués de plus d'intelligence que la moyenne, de personnages en avance sur leur temps, voire de génies, s'illustre par exemple dans « Vol au dessus d'un nid de coucou », « Larry Flint » et « Man on the moon », et permet ainsi à Forman de créer un lien symbolique entre chacun de ses films.   De là à penser que ce lien reflète l'intériorité égocentrique et mégalomaniaque de Milos Forman, il n'y a qu'un pas que je ne me risquerais cependant pas à faire.  Mais de noter tout de même que d'autres cinéastes de génie ressemblaient étrangement au même profil : Coppola, Kubrick, Scorsese, Lynch...