Avec Richard Farnsworth, Sissy Spacek, Jane Galloway, Joseph A. Carpenter, Donald Wiegert, Tracey Maloney, Dan Flannery, Jennifer Edwards-Hughes, Ed Grennan, ...

Synopsis

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A 73 ans, Alvin Straight se lance sur les routes américaines pour rendre visite à son frère qui vient d’avoir une attaque. Problème, son frère habite à l’autre bout des Etats-Unis, et Alvin ne possède pas le permis et déteste les transports en commun. Il choisit donc de partir en tondeuse à gazon pour ce périple qui durera six semaines.

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Lynch : "C'est le récit le plus simple et le plus droit que j'aie jamais tourné. Mais je l'ai abordé comme tous mes autres films."

« Straight story », dont le titre français (Une histoire vraie) ne traduit absolument pas le jeu sur la double utilisation du mot « Straight », qui désigne à la fois le nom du personnage central et la traduction du mot signifiant droit, régulier, honnête.

Une histoire vraie, celle du septuagénaire Alvin Straight, qui en 1994 parcourt 700 kilomètres pour rejoindre le Wisconsin à bord d’un tracteur, faute de permis de conduire, pour se réconcilier avec son frère mourant.  Il meurt en 1996 et le film lui est dédié.  C’est l’épouse du cinéaste, Mary Sweeney, qui s’inspire de ce fait réel pour en tirer un scénario. 

A première vue, on pourrait croire qu’il s’agit d’un des films les plus simples du cinéaste.  Mais c’est fortement méconnaître ce cinéaste que de croire cela.  Il n’existe que deux films dans la carrière de Lynch où il n’est pas parvenu à la maîtrise total du final cut : « Elephant man » et « Dune ».  « Straight Story », en aucune façon ne pourrait être associé à ces deux réalisations. Cette œuvre ne marque pas une rupture dans la filmographie du cinéaste, mais au contraire, s’y intègre parfaitement.kbkbbkjbkbkjkjb

Pour bien comprendre la démarche de continuité dans l’esprit de David Lynch, il suffit d’observer la réalisation qui a précédé celle de « Straight story ».  « Lost Highway », route perdue, chemin brisé, qui invitait à jouer sur une fracture de la linéarité narrative, dont la forme suivait la boucle sans fin de Möbius.  « Staight story » en quelque sorte, représente l’autre versant de « Lost Highway », son répondant.  Pas étonnant de la part de David Lynch qui construit en permanence sa narration de manière Yin et Yang sur toute chose.  Si on avait l’habitude de voir chez lui la volonté d’observer la face cachée des éléments, « Straight story » représente la manière inverse de procéder, de l’ombre à la lumière, mais dans une même perspective intellectuelle. 

David Lynch a toujours cherché à se jouer de la linéarité dans son travail.  La ligne, c’est une obsession chez lui.  Rappelons-nous des lignes brisées dessinées sur le sol de « Twin Peaks ».  La construction de « Straight story » chemine sur cette vision de plans rituels de ligne jaunes et droites tracées sur la route, qu’emprunte le tracteur d’Alvin Straight et qu’on avait déjà observées dans « Sailor & Lula ». Comme pour « Lost Highway », le récit prend lui aussi la forme d’une boucle, avec le ciel étoilé comme première puis ultime image de la narration.   Un ciel étoilé représentant l’espoir au début puis la mémoire retrouvée à la fin, dans une logique de droiture.  Un édifice construit, non pas en boucle sans fin de Möbius, mais en boucle fermée, en droite ligne vers la fin de vie des deux frères.  « Straight story », en cherchant à abolir la distance réelle et symbolique qui sépare les deux frères, propose un voyage rectiligne vers la sagesse, puis vers la mort.  Par ailleurs, c’est la cloison qui départage la terre du ciel, la vie de la mort, que Lynch tente d’anéantir.  Et voilà donc Lynch, comme à son habitude, parvenant à faire surgir l’irrationnel de la simplicité en se jouant de la linéarité. 

igiufityyid« Straight story » symbolise la quête de la sagesse, la volonté d’harmoniser l’homme avec son univers.  Alvin Straight est en fin de parcours, il le sait.  Le temps des moissons lui rappelle amèrement l’arrivée imminente de la Grande Faucheuse.  Derrière la volonté de parcourir cette longue route vers son frère, l’envie de rédemption et de travail de mémoire.  « Lost Highway » avait perdu sa route, « Straight story » va la retrouver par un cheminement bien réel mais également intérieur.   C’est ce qui se cache dans la mémoire du vieil homme que Lynch cherche à déceler.  Encore et toujours cette manie de fouiner dans l’inconnu.  Au fil du voyage, le vieil homme va rencontrer des personnages, comme autant de déclencheurs de souvenirs, de moments importants qui ont jalonné sa très longue existence.  Une auto-stoppeuse enceinte lui rappelle l’importance de la vie, un ancien combattant lui rappelle qu’il a lui-même enlevé cette précieuse vie à quelqu’un.

Lynch : "Je venais de lire trois scripts qui me plaisaient beaucoup. Il y avait donc peu de chances que je fasse celui-là. Mais j'ai été bouleverse par l'émotion qui s'en dégageait. L'histoire de cet homme simple qui se lance dans une ultime voyage vous ramène à des sentiments essentiels. Ça m'a fait penser à ma propre vieillesse, à mon père, à mon frère."

Il suffit que la mort pointe le bout de son nez pour que l’essentiel des sentiments reprennent vie.  Ici, l’affectivité poussée dans ses derniers retranchements va nourrir l’idée d’appartenance familiale et resserrer les liens.  Alvin Straight habite avec sa fille et cherche à retrouver son frère.  C’est l’épouse de Lynch qui a écrit le scénario.  C’est Jack Fisk, ami de toujours et déjà présent dans « Eraserhead » qui produit le film tout en travaillant sur le décor.  Sissi Spacek qui interprète la fille du vieil homme n’est autre que l’épouse de Jack Fisk.  Badalamenti écrit les partitions musicales depuis toujours.   Freddie Francis pour l’image, idem.  Harry Dean Stanton joue son énième rôle pour le cinéaste.  Bref, plus familial que ça, tu meurs ! hvt18g

Mary Sweeney : « Quand nous avons commencé le tournage, nous roulions au rythme d’Alvin et nous avons réussi à vraiment voir des choses : nous nous sommes aperçus que nous avions presque tout raté en roulant vite. »

La vieillesse pour sûr, change le rapport au temps.  Chaque image devient importante car elle incarne peut-être une ultime vision.  Ce rapport tout particulier au temps de la vieillesse que David Lynch va tenter d’investir et qui va devenir élément fondateur et rythmique de la narration.  Le temps devient celui du rythme d’Alvin et de son déplacement d’une extrême lenteur.   Un road movie d’une lenteur pesante et sage à la fois, comme un pied de nez de Lynch au cinéma à la mode ultra rapide.  Qui, au pays de l’Oncle Sam, oserait écrire un récit qui va à du vingt à l’heure, avec un vieillard comme héros, où il n’y a pas de filles sexy, pas de flingues, pas de course poursuite ? Oui, suprême audace du Maestro !!!