Avec James Caan, Anjelica Huston, James Earl Jones, D.B. Sweeney, Dean Stockwell, Mary Stuart Masterson, Dick Anthony Williams, Lonette McKee, Sam Bottoms, Elias Koteas, Laurence Fishburne, Casey Siemaszko, Peter Masterson, Carlin Glynn, Erik Holland, 

Synopsis animation_jardins 

En 1969, au cimetière militaire d’Arlington, à Washington. L’armée américaine procède à la cérémonie d’inhumation de quinze de ses soldats, tués au Vietnam. Parmi les victimes figure Jackie Willow, un jeune homme idéaliste qui piaffait d’impatience à l’idée d’aller se battre pour son pays. Pourtant, le sergent Clell Hazard, un ami de son père, avait très tôt tenté de lui ouvrir les yeux sur la réalité du bourbier vietnamien. En connaissance de cause puisque celui-ci venait d’y effectuer deux 'séjours', avant d’être muté contre son gré dans l’unité de parade d’Arlington.

tin_vanOn r’fait le film 

Un travail extraordinaire de Coppola sur le point de vue.  D’abord « les jardins de pierre » se profile comme regard différent de celui d’ « Apocalypse Now » sur le Vietnam, comme une immersion en coulisse, beaucoup moins spectaculaire, moins sanglant, mais tout aussi dramatique, un témoignage important, sans images de guerre proprement dites.  Coppola propose le temps d’un film de modifier la sensation du spectateur, d’humaniser son regard.  Le film s’ouvre en effet sur une cérémonie de deuil dans un cimetière militaire, séquence que l’on retrouvera presque à l’identique pour clore le récit.  Entre temps, un récit modifiera le regard du spectateur sur cette même séquence dans une volonté d’humanisation évidente.  Ce que l’on regardait au début sans sensation, un peu comme si on se retrouvait devant un journal parlé, devient pour finir touchant.  Le spectateur métamorphosé par un point gardende vue initialement froid et indifférent vers un regard impliqué.  Sans nul doute, à nouveau une immense virtuosité du réalisateur, jouant subtilement du code de narration pour emmener son spectateur exactement là où il le désirait. 

"Gardens Of Stone", c’est le nom donné par les soldats au Cimetière National de Arlington situé tout près de Washington DC.  Ces "jardins" sont gardés par des soldats d’élite nommés "Old Guard", dirigés par des vétérans les plus décorés plus en service. Être de la "vielle garde" est un honneur, mais pas seulement… D’un autre point de vue, ces « Old Guard » peuvent être vus et ressentis comme des soldats d’opérette portant les insignes de l’infanterie au moment même où la vraie infanterie est plongée jusqu’au cou dans la bouse du Vietnam.  « Old guard » ou le show-business militaire et ses soldats d’opérette de la nation américaine, défilant avec des fusils à blanc et des baïonnettes inoffensives.  Le kabuki du métier des armes offrant le spectacle des bouffons à la cour de Mars, Dieu de la guerre.  Coppola propose un regard ambigu en mêlant le discours amer, cynique et irrévérencieux à celui d’un ufufufuufu1hommage profond pour ces guerriers de pacotille qui honorent les morts. Ce qui est brillamment suggéré dans ce récit, c’est la notion de culpabilité qui règne dans les esprits-mêmes des soldats qui apparaissent comme des planqués.  Et bien au-delà de ce regard sur ces soldats en coulisse, c’est de la guerre du Vietnam dont Coppola veut en encore parler ici.  Un point de vue à la fois cynique et compatissant qui rejoint complètement celui d’ « Apocalypse Now », mais sous une autre formule d’approche.  A noter l’utilisation d’une musique de Barry Lyndon , qui est certainement l’occasion pour Coppola d’indiquer à quel point il est d’accord avec Kubrick sur le côté « folie de la guerre », avec cette même intension d’unir dérision et dramatisation dans un regard plus global sur le traitement cinématographique de la guerre au cinéma.

Francis Ford Coppola, un génie du septième art.  Peut-être le cinéaste qui a le mieux créé l’humanité dans les récits.  Une virtuosité au service du cœur. « Gardens of stone », la face B, le côté yang de « Apocalypse Now ».