Avec Clint Eastwood (Dr. Frank Corvin), Tommy Lee Jones (William "Hawk" Hawkins), Donald Sutherland (Jerry O’Neill), James Garner (Tank Sullivan), James Cromwell (Bob Gerson), William Devane (Eugene Davis), Marcia Gay Harden (Sara Holland), Loren Dean (Ethan Glance), Courtney B. Vance (Roger Hines), Barbara Babcock (Mrs. Corvin), Rade Sherbedgia (Le général Vostov), Blair Brown, Aleksandr Kuznetsov

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Etats-Unis, 1958. Le pays est en pleine course vers les étoiles contre les russes. Frank Corvin, William Hawkins , Tank Sullivan et Jerry O'Neill vont devenir les premiers hommes en apesanteur dans l'espace. Ils forment la mission Daedalus et tous les espoirs sont d'un pays sont entre leurs mains…

spaceboysOn r’fait le film

Eastwood : "C'est la résurrection de quatre personnages pris pour de vieux schnocks. Ils ont l'opportunité inespérée d'obtenir une seconde chance à l'automne de leur vie. Une occasion unique de faire leurs preuves, d'obtenir leur revanche, quarante ans plus tard, alors qu'ils s'étaient résignés. Le tout sur fond d'aventures et de suspense. Ce n'est pas un thème bien nouveau, mais c'est pour moi le moyen de rendre hommage à ces pionniers des années 50 qui avaient pris d'énormes risques en franchissant la barrière du son. Dans la réalité, comme dans le film, ils n'avaient pas eu la chance d'aller dans l'espace."

A l’époque du tournage de « Space cowboys », Clint Eastwood fête ses 70 printemps.  L’occasion pour lui de renouer avec l’un de ses thèmes favoris : le vieillissement et la lutte contre le temps qui passe inexorablement.    On pense à l’un de ses anciens films les plus personnels : « Honkytonk man », réalisé en 1982, élaboré sur cette même thématique, qui démontrait également par ailleurs cette obsession de vouloir donner un sens à sa vie, notamment dans la volonté d’accomplissement des rêves.  Car « Space cowboys » représente avant tout la revanche d’un homme dépossédé de son utopie.  Le personnage Franck interprété par Eastwood l’indique en substance : « Le jour le plus triste de ma vie a été celui du premier pas d’Armstrong sur la lune ».  Eastwood n’est pas un contemplateur passif.  Il aime prendre son destin en main en investissant profondément l’espace-temps et en explosant ses préjugés : oui, il a 70 ans, mais rien ne l’empêchera de tourner, de rêver.  « Space Cowboys » se profile comme un combat effréné contre le vieillissement, certes, mais surtout contre la mort, qu’il compte nier jusqu’à son dernier souffle.  Il y a l’idée d’éternité qui transparaît fortement : la dernière image, irréelle et poétique, de Tommy Lee Jones sur la lune l’évoque subtilement, le spectateur ne sachant pas très bien si son personnage est toujours en vie ou pas.  Avec humour, Eastwood expérimente le contre-pied sur la logique du temps en jouant de l’éternelle résurrection.space_cowboys

Le contre-pied, Eastwood va également en jouer en niant la mode cinématographique et sa logique commerciale, où les nouvelles idoles d'Hollywood ne dépassent pas les 25 ans, public adolescent oblige. Clint Eastwood, 70 ans, James Garner, 71 ans, Donald Sutherland, 65 ans et Tommy Lee Jones, 53 ans à l’époque ! A priori, pas de quoi exciter les investisseurs et leurs proies faciles.  On pense à « Straight story » de David Lynch où le cinéaste avait investi profondément cette même démarche. A noter le pied de nez au contre-pied, quand Eastwood, vicieusement et ironiquement, va refiler le cancer au plus jeune d’entre eux, Tommy Lee Jones ! L’ironie, un maître-atout dans la personnalité cinématographique de Clint Eastwood, qui se reflète dans la quasi-totalité de se réalisations.  Un moyen de se distancier en permanence de l’éventualité d’une trop lourde dramatisation, moyen dont Clint Eastwood raffole.  C’est sa marque de fabrique, celle de l’équilibre entre sérieux et humour, entre proposition personnelle et commerciale, qui va se concrétiser pleinement dans « Space cowboys ».  Les quatre retraités portent eux la symbolique obsessionnelle d’Eastwood sur le vieillissement et la mort, mais contrebalancé par un traitement narratif basé sur le mode léger du divertissement.  Rares sont les cinéastes qui sont parvenus à une telle réussite sur cette dualité.

Par ailleurs, Eastwood va prolonger une idée chère à quelques grands cinéastes Hollywoodiens, celle de la résurrection du has-been, que l’on retrouvait par exemple chez Howard Hawks (Rio Bravo) et aujourd’hui Quentin Tarantino (Jackie Brown).  Idée importante car symbolique d’une Amérique brisée dans sa course effrénée à la réussite, abandonnant une masse considérable de laissés pour compte, au sein du société choisissant le pragmatisme à l’utopie (Eastwood incarne un ancien pilote qui avait été écarté du premier voyage de l'Histoire dans l'espace au profit d'un chimpanzé !).   Une Amérique qui feint de jouer l’esprit d’équipe en permanence, mais qui en réalité ne joue que sa carte personnelle, se heurte ici au sommet de l’art individuel.  Eastwood, le héros solitaire par excellence (dans le film, on reproche en permanence à Frank de ne pas avoir l’esprit d’équipe), va déjouer ici tous les plans foireux et égoïstes d’une Amérique hypocrite.  Eastwood préfère les rapports humains profonds, les amitiés viriles, qui vont surpasser la force froide des institutions.  Il va réussir, non sans mal, à les faire plier à son point de vue.  Et Eastwood de renouer avec le mythe du héros marginal à visage humain, celui qui lui a permis de traverser le temps cinématographique avec nuance, légèreté et noblesse, au moins jusqu’à ses 70 ans ! Qui dit mieux ?