Synopsis

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Sur une île quasiment désertique de l’archipel de Setonaikai (au sud-est du Japon), une famille travaille sans interruption pour faire pousser graminées et légumes. La difficulté de leur tâche vient essentiellement du manque d’eau, qu’il faut aller chercher sur l’île voisine au prix d’efforts ininterrompus. Parmi les deux enfants, l’aîné va à l’école jusqu’au jour où survient un drame …

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Oeuvre unique en son genre, qui se permet de n’utiliser aucun dialogue dans son récit de 1h30 !

Encore une œuvre incroyable née de la difficulté.  En effet, la société de production dans laquelle travaille Kaneto Shindo est au bord de la faillite.  Il décide alors de produire « L’ile nue » au dixième du budget d’un film moyen.  Shindo qualifiera par la suite cette œuvre d’anti-commercial.  Le mot est faible…

"Je voulais faire un film très créatif au niveau visuel. Raconter l’histoire avec des images. Une histoire où chaque vue exprimerait un sentiment du bonheur, de la tristesse, dans un décor naturel."  Raconter des histoires avec UNIQUEMENT des images, quelle audace ! C’est Chaplin qui devait être content ! Des images accompagnées d’une bande son, soit musicales, soit utilisant des sons réels.  Une partition musicale pour donnhadakaer de la poésie à l’austérité du récit.  Et puis, les sons réels où l’on entend le vent ou le bruit d’une cuillère ou encore des larmes de douleur, qui viennent eux, refléter une réalité proche du quotidien.

Jamais un travail cinématographique n’aura aussi bien porté le nom de minimaliste.  Le film est tellement dépouillé de tout artifice au sein d’une narration qui ne doit pas faire plus de trois lignes, qu’un rien prend tout de suite des proportions.  Le bruit du vent ou un soupir, on les entend, une larme ou sourire, on les voit.  Et clairement, Shindo vient saupoudrer son récit très austère, goutte à goutte, d’émotions très furtives, comme pour en souligner l’importance.  Du coup, chaque moment devient important et reste inoubliable dans l’esprit. 

Un travail qui s’inscrit au sein d’une pensée orientale sur le mouvement perpétuel que l’on retrouvera dans tout le cinéma asiatique jusqu’à aujourd’hui.  Dès les premiers plans, Shindo indique qu’il compte travailler sur la répétition des actes sur une ligne du temps qui avance inexorablement.  La répétition des séquences presque à l’identique à été utilisée par exemple dans « In the mood for love » par Wong Kar-Waï.  Ici dans « « L’île nue », cette répétition ramène l’homme à l’état d’une fourmi, n’ayant comme seul but d’arriver au bout d’un travail, qui recommencera à zéro chaque jour, chaque saison.  On pense au mythe de Sisyphe avec cette routine et ce perpétuel recommencement sans espoir.

Une œuvre majeure expérimentale et très audacieuse, où l’hermétisme se transforme en fascination, où l’aridité devient poésie.  Un travail d’une très grande précision et qui en aura certainement influencé beaucoup d’autres.  Un summum de l’inédit !